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I. Voir psgc 20?, note i

33i — LA LKGEXDE DES SIECLES. Il

Dont l'une avait deux ans et l'autre quatrevingt ! Un jour l'un oublia, mais l'autre se souvint ; Ce fut l'enfant. La nuit pour eux n'était point noire. L'aïeul faisait penser Paul, qui le faisait croire. On eût dit qu'écha,ngeant leur âme en ce beau lieu, Chacun montrait à l'autre un des côtés de Dieu.

Le père, ailleurs, vivait avec son autre femme.

C'est en vain qu'une morte en sa tombe réclame,

Quand une nouvelle âme entre dans la maison.

De sa seconde femme il avait un garçon.

Et Paul n'en savait rien. Qu'importe ? Heureux, prospère,

Gai, tranquille, il avait pour lui seul son grand- père!

Le reste existait-il?

Le grand-père mourut.

Quand Sem dit à Rachel, quand Booz dit à Ruth : « Pleurez, je vais mourir! v Rachel et Ruth pleurèrent ; Mais le petit enfant ne sait pas ; ses yeux errent. Son front songe. L'aïeul, parfois, se sentant las, Avait dit : « Paul ! je vais mourir. Bientôt, hélas! Tu ne le verras plus, ton pauvre vieux grand-père Qui t'aimait. » Rien n'éteint cette douce lumière. L'ignorance, et l'enfant, plein de joie et de chants, Continuait de rire...

Une église des champs.

Pauvre comme les toits que son clocher protège, S'ouvrit. Je me souviens que j'étais du cortège.

Et le petit marchait derrière l'humble bière. On porta le vieillard au prochain cimetière.

On entrait dans ce champ plein de croix et de fosses. Lieu sévère où la mort dort si Dieu le permet, Par une grille en bois que la nuit on fermait ; . . Aux barreaux s'ajoutaient le croisement d'un lierre; Le petit enfant, chose obscure et singulière. Considéra l'entrée avec attention.

Paul n'avait que trois ans,

« Vilain petit Satan!

Méchant enfant ! Le voir m'exaspère ! Va-t'en ! Va-t'en ! je te battrais ! Il est insupportable. Je suis trop bonne encor de le souffrir à table. Il m'a taché ma robe, il a bu tout le lait. A la cave ! Au pain sec ! Et puis il esc si laid ! » A qui donc parle-t-on? A Paul. Pauvre doux être ! Hélas ! Après avoir vu l'aïeul disparaître. Paul vit dans la maison entrer un inconnu. C'était son père ; puis une femme au sein nu. Allaitant un enfant ; l'enfant était son frère.

La femme l'abhorra sur-le-champ. Une mère

C'est le sphinx ; c'est le cœur inexorable et doux,

Blanc du côté sacré, noir du côté jaloux.

Tendre pour son enfant, dur pour l'enfant d'une autre.

Souffrir, sachant pourquoi, martyr, prophète, apôtre.

C'est bien ; mais un enfant, fantôme aux cheveux d'or,

Etre déjà proscrit, n'étant pas homme encor !

L'épine de la ronce après l'ombre du chêne !

Quel changement ! l'amour remplacé par la haine !

Paul ne comprenait plus. Quand il rentrait le soir.

Sa chambre lui semblait quelque chose de noir ;

Il pleura bien longtemps. Il pleura pour personne.

Il eut le sombre effroi du roseau qui frissonne.

Ses yeux en s'éveillant regardaient étonnés.

Ah ! ces pauvres petits, pourquoi donc sont-ils nés ?

La maison lui sernblait sans jour et sans fenêtre.

Et l'aurore n'avait plus l'air de le connaître.

Quand il venait : < Va-t'en ! délivrez-moi de ça! »

Criait la mère. Et Paul lentement s'enfonça

Dans de l'ombre. Ce fut comme un berceau qu'on noie.

L'enfant, qui faisait tout joyeux, perdit la joie ;

Sa détresse attristait les oiseaux et les fleurs ;

Et le doux boute-en-train devint souffre-douleurs.

(( Il m'ennuie ! Il est sale ! il se traîne ! il se vautre ! »

On lui prit ses joujoux pour les donner à l'autre.

Le père laissait faire, étant très amoureux.

Après avoir été l'ange, être le lépreux !

La femme, en voyant Paul, disait : « Qu'il disparaisse! »

Et l'imprécation s'achevait en caresse.

Pas pour lui.

<i Viens, toi ! Viens, l'amour! viens, mon bonheur J'ai volé le plus beau de vos anges. Seigneur,

33<;. — LA LÉGENDE DES SIÈCLES. Il

Et j'ai pris un morceau du ciel pour faire un lange.

Seigneur, il est l'enfant, mais il est resté l'ange.

Je tiens le paradis du bon Dieu dans mes bras.

Voyez comme il est beau ! Je t'aime. Tu seras

Un homme. Il est déjà très lourd. Mais c'est qu'il pèse

Presque autant qu'un garçon qui marcherait ! Je baise

Tes pieds, et c'est de toi que me vient la clarté! )>

Et Paul se souvenait, avec la quantité

De mémoire qu'auraient les agneaux et les roses.

Qu'il s'était entendu dire les mêmes choses.

Il prenait dans un coin, à terre, ses repas.

Il était devenu muet, ne parlait pas,

Ne pleurait plus. L'enfance est parfois sombre et forte.

Souvent, il regardait lugubrement la porte.

Un soir, on le chercha partout dans la maison ; On ne le trouva point ; c'était l'hiver, saison Qui nous hait, où la nuit est traître comme un piège; l3ehors des petits pas s'effaçaient dans la neige...

On retrouva l'enfant le lendemain matin. On se souvint de cris perdus dans le lointain ; Quelqu'un même avait ri, croyant, dans les nuées, Entendre, à travers l'ombre où flottent des huées, On ne sait quelle voix du vent crier : Papa ! Papa! Tout le village, ému, s'en occupa, Et l'on chercha ; l'enfant était au cimetière. Calme comme la nuit, blême comme la pierre , Il était étendu devant l'entrée, et froid ; Comment avait-il pu jusqu'à ce triste endroit Venir, seul dans la plaine où pas un feu ne brille. Une de ses deux mains tenait encor la grille ; On voyait qu'il avait essayé de l'ouvrir. Il sentait là quelqu'un pouvant le secourir ; Il avait appelé dans l'ombre soUtaire, Longtemps ; puis il était tombé mort sur la terre, A quelques pas du vieux grand-père, son ami. N'ayant pu l'éveiller, il s'était endormi.

22 septembre 1876.

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