‹ OEuvres choisies illustréesChapitre 197 sur 293 · GEORGES ET JEANNE · texte numérisé non relu

GEORGES ET JEANNE

MOI qu'un petit enfant rend tout' à fait stupide,

J'en ai deux : George et Jeanne ; et je prends l'un pour guide

Et l'autre pour lumière, et j'accours à leur voix,

Vu que George a deux ans et que Jeanne a dix mois.

Leurs essais d'exister sont divinement gauches ; • — ■

On croit, dans leur parole où tremblent des ébauches,

Voir un reste de ciel qui se dissipe et fuit ;

Et moi qui suis le soir, et moi qui suis la nuit,

Moi dont le destin pâle et froid se décolore,

J'ai l'attendrissement de dire : Ils sont l'aurore.

Leur dialogue obscur m'ouvre des horizons ;

Ils s'entendent entre eux, se donnent leurs raisons.

Jugez comme cela disperse mes pensées.

En moi, désirs, projets, les choses insensées.

Les choses sages, tout, à leur tendre lueur.

Tombe, et je ne suis plus qu'un bonhomme rêveur.

Je ne sens plus la trouble et secrète secousse

Du mal qui nous attire et du sort qui nous pousse.

Les enfants chg,ncelants sont nos meilleurs appuis.

Je les regarde, et puis je les écoute, et puis

Je suis bon, et mon cœur s'apaise en leur présence ;

J'accepte les conseils sacrés de l'innocence,

Je fus toute ma vie ainsi ; je n'ai jamais

Rien connu, dans les deuils comme sur les sommets,

De plus doux que l'oubli qui nous envahit l'âme

Devant les êtres purs d'où monte une humble flamme :

Je contemple, en nos temps souvent noirs et ternis.

Ce point du jour qui sort des berceaux et des nids.

Le soir je vais les voir dormir. Sur leurs fronts calmes, Je distingue ébloui l'ombre que font les palmes,

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