DE VICTOR HUGO
VICTOR HUGO (1802-1883; L'Homme et l'Œuvre.
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LES notices historiques et littéraires qu'on trouvera dans cette Anthologie nous permettent de nous borner, ici, à une simple biographie. Cette biographie se trouvera d'ailleurs complétée, en maints endroits de \' Anthologie, par Victor Hugo lui-même : car, en prose et en vers, directement ou sous le nom d'un personnage de roman (par exemple sous le nom de Marins, dans les Misérables), il s'est plu à se raconter.
La première de ses Feuilles d'automne a rendu célèbre la date de sa naissance : 1802. C'est le 26 février de cette année-là qu'il naquit, à Besançon, d'un « père lorrain », le chef de bataillon et futur général Hugo, et d'une « mère vendéenne », Sophie Trébuchet, fille d'un armateur de Nantes. Ses parents, mariés en 1796, avaient eu avant lui deux fils : Abel en 1798, Eugène en 1800. Il a souvent parlé de ces deux frères, dont l'aîné fonda avec lui, en 1819, une revue bimensuelle, le Conservateur littéraire. Le second, qui avait donné des espérances comme poète, devint fou en 1822, et mourut en 1837. Abel mourut, lui, en 1855, laissant des ouvrages de littérature et d'histoire dont les titres mêmes sont oubHés depuis longtemps.
Presque autant que la date de sa naissance, Victor Hugo a rendu célèbre son enfance; cette « belle enfance de fils de soldat », comme adit J.-J. Weiss^ « la plus heureuse qu'on puisse
I. Re^ui poUlique et littéraire, 2 décembre iS32. — Voir le livre de M. Gustave Simon l'Enfance de Victor Hugo.
rêver, la plus féconde pour un poète », puisqu'elle l'a « promené » jusqu'à sa dixième année « à travers la France, ritalie et l'Espagne, parmi les gestes grandioses de l'épopée impériale ». Et J.-J. Weiss oublie les deux séjours de l'enfant avec sa mère, à Paris, dans cet ancien couvent des Feuillantines dont le grand jardin à demi sauvage a inspiré de si beaux vers à l'auteur des Rayojis et les Ombres. Le premier séjour (1808-1811) suivit les pérégrinations de la famille en Italie, le second (1812-1813) le vo3'age en Espagne... En 1815 Victor Hugo est mis, avec son frère Eugène, à la pension Cordier, afin de se préparer à l'École polytechnique; mais, bien qu'il ne manquât pas d'aptitudes pour les sciences, il se passionne pour les lettres ; et, en 1818, il quitte la pension avec un véritable bagage littéraire : odes, satires, épîtres, élégies, idylles et pièces de théâtre (notamment un drame, liiez de Castro). Du reste il avait déjà obtenu une mention de l'Académie pour une pièce de vers sur les Avantages de l'étude (1817). En 1819, deux odes ardemment royalistes lui valent, chacune, un prix aux Jeux floraux (Toulouse); et, en 1820, il est élu «maître es jeux floraux» à cause de son Moïse sur le Nil. En même temps, et jusqu'en mars i82i,mois où le Conservateur littéraire disparut, il publie dans cette revue non seulement des vers et un conte, Bug- Jargal, dont il fit, un peu plus tard, un roman, mais — sous son nom et sous divers pseudonymes — de nombreux et souvent remarquables articles.
En 1822, il donne son premier volume d'Odes, reçoit de Louis XVni une pension de i.ooo francs, et se marie. Il épousait une jeune fiUe qu'il aimait depuis plusieurs années, -^{Ue Adèle Foucher, dont il eut deux fils, Charles (1826) et François- Victor (1828), et deux filles, Léopoldine (1824) et Adèle (1830), — sans compter un premier-né qui vécut deux mois (1823). — En 1823, année où Louis XVIII lui accorde une nouvelle pension, de 2.000 francs, il donne son premier roman, le sombre et bizarre Han d'Islande; et, en 1824, un second volume d'Odes. En 1825, Charles X le nomme chevalier de la Légion d'honneur, en même temps que Lamartine. En 1826 paraissent Bug-Jargal et un troisième volume d'Odes avec des Ballades. En 1827, c'est le drame de Cromwell, dont la Préface fut le manifeste du romantisme ; en 1828, l'édition définitive des Odes et Ballades; en 1829, ce sont les Orientales qI un roman à tendances sociales : le Dernier jour d'un condamné. En 1830, c'est la représentation d'Hernani, suivie de ceUe de Marion de Lorme en 1831, — année mémorable où Victor
Hugo commence par publier son premier grand roman, Noire- Dame de Paris, et donne, après Marion, ses Feuilles d'automne. — L'année suivante, nouveau drame en vers, le Roi s'amuse. En 1833, Lucrèce Borgia, le premier et le meilleur de ses drames en prose ; les deux autres sont Marie Tudor (1833 aussi) et Angelo (1835). En 1834 avaient paru un recueil d'articles, Littérature et Philosophie mêlées, et une sorte de conte social, Claude Gueux. En 1835, après ^wgelo, ce sont les Chants du crépuscule, recueil de poésies suivi d'un autre, les Voix intérieures,en 1837, et, en 1840, du dernier que Victor Hugo ait donné avant son exil : les Rayons et les Ombres. En 1838, il était revenu au théâtre avec un drame en vers, Ruy Blas. En 1841, il est élu membre de l'Académie française. En 1842, il publie le Rhin, son premier récit de voyages; et, en 1843, c'est l'échec des Burgraves, le dernier drame qu'il ait fait représenter. Cet échec, puis, quelques mois après, la mort tragique de sa fille Léopoldine qui se noya dans la Seine avec son mari Charles Vacquerie, enfin et surtout le désir qui lui était venu de jouer un rôle politique, interrompirent alors sa vie httéraire. Il n'était pas encore républicain, mais il était profondément libéral. Louis- Philippe le nomma pair de France en 1845, et à la Charnbre des pairs il prononça trois ou quatre beaux discours; mais ce n'est qu'après la révolution de 184S, et à partir du moment où il combattit pour les idées républicaines (fin 1849), qu'il
Victor Hugo à 27 ans.
{D'après un dessin de Devéria, 182c,)
réussit â se faire dans les luttes des partis (il était député) une
place à peu près digne de sa renommée.
Le coup d'Etat du 2 décembre 1851, qui le remplit d'une
juste indignation, ou plutôt d'une de ces fureurs vengeresses
qu'on rencontre de loin en loin dans l'histoire littéraire,
l'exila ; mais « désastre pour son ambition «, a fort bien dit M, Fernand Gregh, « ce fut un coup de fortune pour son génie ^ ». Il se fût peut-être usé dans la politique. « Il fut haussé tout à coupsur un piédestal, qui le grandissait même à ses propres yeux, cloué sur un rocher comme Prométhée, confiné dans une île comme Napoléon... "^ »
Après un séjour de quelques mois à Bruxelles, c'est, en Victor Hugo en 1855, à Jersey. effet, à Jersey, puis
à Guernesey, qu'il passa les dix-huit années d'un exil devenu volontaire après l'amnistie impériale de 1859; années qui nous valurent d'ailleurs une suite d'incomparables oeuvres : les Châtiments (1853), recueil lyrique, qu'avait précédé le pamphlet de Napoléon le Petit; les Contemplations (1856), autre recueil lyrique et le plus considérable, comme le plus émouvant, de tous ceux qu'avait donnés Victor Hugo ; la première partie de la Légende des. siècles (1859), recueil épique, sans égal dans notre littérature ; le vaste et merveilleux roman social et humanitaire les Misérables (1862) ; William- Shakspeare, étude littéraire (1864) ; les Chansons des rues€t des bois (1865), spirituellement appelées par Louis Veuillot «le plus bel animal