JEAN HUSS ETAIT LIE
JEAN HUSS 1 était lié sur la pile de bois ; Le feu partout sous lui pétillait à la fois ; Jean Huss vit s'approcher le,bourreau de la ville, La face monstrueuse, épouvantable et vile, L'exécuteur, l'esclave infâme, atroce, fort, Sanglant, maître de l'œuvre obscure de la mort, L'afîreux passant vers qui les vers lèvent la tête. Le tueur qui jamais ne compte et ne s'arrête. Le cheval aveuglé du cabestan des lois ; Toute la ville était sur les seuils, sur les toits. Parlait et fourmillait et contemplait la fête. Huss vit venir à lui cet homme, cette bête, Cet être misérable et bas que l'effroi suit, Espèce de vivant terrible de la nuit ; Difforme sous le faix de l'horreur éternelle, Ayant le flamboiement des bûchers pour prunelle. Il était là, tordant sa bouche sous l'affront ; On voyait des reflets de spectres sur son front Où se réverbéraient les supplices sans nombre. Toute sa vie était sur son visage sombre. L'isolement, le deuil, l'anathème, ce don Du meurtre qu'on lui fait au-dessous du pardon, La Mort qui le nourrit du sang de sa mamelle. Son ht fait d'an morceau du gibet, sa femelle. Ses enfants, plus maudits que les petits des loups, Sa maison triste où vient regarder par les trous L'essaim des écoliers qui s'enfuit dès qu'il bouge ; Ses poings, cicatrisés à toucher le fer rouge,
I. Réformateur tchèque, né en 1369, et brûlé vif en 14 15, après sa condamnation pir le concile de Constance. Un des précurseurs de la Réforme.
relighjns et religion
Se crispaient ; les soldats le nommaient en crachant.
Il approchait, courbé, plié, souillé, méchant,
Honteux, de i'échafaud cariatide affreuse ;
Il surveillait l'endroit où l'âtre ardent se creuse,
Il venait ajouter de l'huile et de la poix,
Il apportait, suant et geignant sous le poids.
Une charge de bois à l'horrible fournaise ;
Sous l'œil haineux du peuple il remuait la braise,
Abject, las, réprouvé, blasphémé, blasphémant;
Et Jean Huss, par le feu léché lugubrement,
Leva les yeux au ciel et murmura : « Pauvre homme !
RELiGIONS ET RELIGION
L'antithèse contenue dans ce titre est claire.
x\ux religions établies, qu'il reff,Qusse et ^ raille^ le poète, appose, non^ point un sceptKl5rae.a^TQiu,;m'aîs, au contraire, une foi profonde, l'arâente" JîJtliJJSLîêDÈ;loâ dont son cœur est plein, et qui s'épanche en des vers comme ■ • -- 1) :
Il est!... Mais nul cri d'homme ou d'ange, nul effroi. Nul amour, nulle bouche, humble, tendre ou superbe. Ne peut balbutier distinctement ce verbe ! Il est! il est ! il est 1 il est éperdument I...
En lisant ce poème, on ne peut s'empêcher de songer au testament remis par Victor Hugo à Auguste Vacquerie, le 2 août 1883; testament de quelques lignes, dont les dernières disaient : « Je refuse l'oraison de toutes les Églises; je demande une prière à toutes les âmes. — Je crois en Dieu n. — La poésie suivante est une parabole philosophique, signifiant que toutes les âmes ne sont pas immortelles. Dante y est l'image humaine de Dieu.
DANTE ECRIT DEUX VERS- DANTE écrit deux vers, puis il sort ; et les deux vers Se parlent. Le premier dit : (c Les cieux sont ouverts ! Cieux ! Je suis immortel. — Moi je suis périssable )>, Dit l'autre. « Je suis l'astre. — Et moi le grain de sable.
— Quoi ! tu doutes étant fils d'un enfant du ciel !
— Je me sens mort. — Et moi, je me sens étemel, n