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LA VISION DES MONTAGNES

LES NUAGES ROULAIENT dans la lueur hagarde, Noir troupeau que le vent lugubre a sous sa garde ; Et, dans la profondeur blême au-dessous de moi, Si bas que tout mon être en frissonnait d'effroi, J'aperçus un sommet par une déchirure.

Ce faîte monstrueux sortait de l'ombre obscure ;

Ses pentes se perdaient dans le gouffre inconnu ;

Sur ce plateau gisait, fauve, terrible, nu,

Un géant, dont le corps se tordait sur la pierre ;

Il en coulait du sang avec de la lumière ;

Sa face regardait le ciel sombre, et ses pieds,

Ses coudes, ses genoux, ses poings, étaient liés

D'une chaîne d'airain vivante, impitoyable ;

Et je voyais décroître et renaître effroyable

Son ventre (ju'un vautour rongeait, oiseau bandit.

Le patient était colossal ; on eût dit

Deux montagnes, dont l'une agonisait sur l'autre.

— Quel est, dis-je, le sang qui coule ainsi? — Le vôtre.

Dit le vautour. Ce mont dont tu vois les sommets,

C'est le Caucase. — Et quand t'en iras-tu? — Jamais. —

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