THÉOPHILE GAUTIER EN
d'apKÈS une EAU-FORTl DE BRACQUEMON'D
VICTOR HUGO — POESIE
Les chevaux de la Mort se mettent à hennir
Et sont joyeux, car l'âge éclatant va finir ;
Ce siècle altier, qui sut dompter le vent contraire,
Expire... O Gautier ! toi, leur égal et leur frère,
Tu pars après Dumas, Lamartine et Musset.
L'onde antique est tarie où l'on rajeunissait ;
Comme il n'est pas de Styx, il n'est plus de Jouvence,
Le dur faucheur avec sa large lame avance,
Pensif et pas à pas, vers le reste du blé ;
C'est mon tour ; et la nuit emplit mon œil troublé
Qui, devinant, hélas ! l'avenir des colombes,
Pleure sur des berceaux et sourit à des tombes.
Hauteville-House, novembre 1872, jour des Morts.
LE MOI
LETTRE DE L'EXILÉ Août 1855.
TU ME DIS : — Que fais-tu? — Rien. Je suis seul. Je rêve.
Je vais voir si quelqu'un me connaît sur la grève ;
Je cherche à rencontrer dans ces rudes forêts,
Dans ces monts, quelque ami tragique que j'aurais.
Quelque bon vieil écueil bien battu de l'abîme,
Quelque sapin cassé d'une façon sublime,
Un roc ayant le deuil et n'ayant pas l'effroi.
Je parle à l'océan, et je lui dis : C'est moi.
Alors nous nous mettons à causer, lui plein d'ombre.
Mêlant un conseil grave à ses rumeurs sans nombre.
Et redisant toujours dans l'écume et les vents
La même phrase : Aimez, car vous souffrez, vivants !
Moi, songeur et distrait par la barque qui vogue.
Le tonnerre souvent prend part au dialogue ; Cette interjection, l'éclair, tombe du ciel.
La mer me plaît ; on sent sa vertu dans son fiel ; Elle assainit la terre à force d'amertume. Je l'aime. Aussi l'aller trouver est ma coutume \
Quand je sens dans mon cœur monter sous le ciel bleu L'âpre indignation qui questionne Dieu...