LYRNESSI DOMUS ALTA, SOLO LAURENTE SEPULCRUM
Siège de Paris. Décembre 1870.
LIVRÉE A TOUS LES VENTS qui descendent du pôle, Mon île est au milieu de la mer, et la Gaule
S'y fait chêne et granit ; Elle est la grande roche altière et combattante, Et le tonnerre y vient comme un roi dans sa tente, Comme un aigle à son nid.
Jeté là par l'exil, mon vieil ami sévère. Regardant l'éclair luire aux cieux que je révère
Comme un âpre athagan, J'ai souvent fait ce rêve : avoir ma sépulture Dans cette formidable et farouche nature ;
Dormir dans l'ouragan.
Mais aujourd'hui qu'un souffle inconnu me rapporte Dans ce Paris qui voit la bataille à sa porte
Et qui se tient debout.
Dans ce Paris où tout frémit, où rien ne tremble. Qui s'empht d'une poui-pre immense et qui ressemble
A l'urne où l'airain bout,
Je voudrais bien mourir sur ces remparts célèbres, Afin qu'un jour je puisse, à travers les ténèbres,
Murmurer : « O guerriers !
J'ai ma haute maison où s'abat la colombe. Où vient l'aigle, au pays des chênes, et ma tombe
Au pays des lauriers ».
1. t Une haute maison à Lyrnesse, un tombeau orné de lauriers.