‹ OEuvres choisies illustréesChapitre 273 sur 293 · I- Vicier Hugo, p · texte numérisé non relu

I- Vicier Hugo, p

avoir eu le temps de nommer la femme dont il veut se venger, que le « gueux » s'indigne et s'écrie :

Celui qui bassement et tortueusement

Se venge, ayant le droit de porter une lame,

Noble, par une intrigue, homme, sur une femme.

Et qui, né gentilhomme, agit en alguazil,

Celui-là — fût-il grand de Castille, fût-il

Suivi de cent clairons sonnant des tintamarres.

Fût-il tout harnaché d'ordres et de chamarres,

Et marquis, et vicomte, et fils des anciens preux —

N'est pour moi qu'un maraud sinistre et ténébreux

Que je voudrais, pour prix de sa lâcheté vile.

Voir pendre à quatre clous au gibet de la ville.

Don Salluste bat habilement en retraite : il voulait simplement éprouver son cousin!... Et il va lui chercher cinq cents ducats promis tout à l'heure; le laissant avec Ruy Blas, que nous avons vu, pendant la première scène, exécuter quelques ordres de don Salluste, et qui vient de rentrer. Don César, o u plutôt Zafari (seul, don Salluste sait son vrai nom) et Ruy Blas se sont connus jadis, et fraternellement aimés ; celui-là déjà «gueux » et superbement insouciant, celui-ci un « rêveur» qui jetait vers le ciel ses pensées et ses vœux « en strophes insensées », espérant tout de la vie, — et de qui la vie a fait un laquais. N'est-il pas en livrée ? Du moins il y est depuis ce matin. Hier encore, il servait don Salluste dans « un logis inconnu », où le marquis, dit-il, introduit « quelquefois, à la nuit », des hommes masqués, par une porte secrète « dont il a seul la clef ». Là, ajoute Ruy Blas :

Là, de deux noirs muets je suis le compagnon. Je suis pour eux le maître. Ils ignorent mon nom.

On verra au troisième acte, et après, l'importance de ces détails.

]\Iais ce qui surtout rend sa hvrée odieuse à Ruy Blas, c'est son amour pour la reine ; et le voilà dépeignant cet amour, avec un lyrisme éperdu, qui nous montre à plein en lui un frère poétique d'Hernani et de Didier, dont il sera, de façon originale, certes, un frère dramatique. — Rentre don Salluste. Il remet « l'argent » à don César, puis ouvre une porte, et, désignant le bohème à trois alguazils, il leur commande de s'emparer de lui à sa sortie du palais, de l'embarquer, et de

le vendre en mer « aux corsaires d'Afrique »... Seul avec Ruy

glas dont, évidemment, il a entendu la confession, —

il lui dicte, pour sa « reine d'amour », assure-t-il, « dona Praxedis ^' le billet suivant :

« ...Un danger terrible est sur ma tête, « Ma reine seule peut conjurer la tempête, « En venant me trouver ce soir dans ma maison. 0 Sinon, je suis perdu. »

Et ce billet, il le fait signei : « César »... Et Ruy Blas, tranquillement, écrit encore sous la dictée de son maître :

« . . Moi, Ruy Blas, « Laquais de monseigneur le marquis de Finlas, ' « En toute occasion, ou secrète ou publique. ■i M'engage à le ser\'ir comme un bon domestique... »

Et il signe de son nom, met la date, et tend le papier à don Salluste, qui le serre avec l'autre dans son portefeuille.

Il ne commence à s'étonner qu'en voyant son maître l'habiller en seigneur, et le présenter, aux courtisans qui entrent, comme son cousin don César revenu des Indes. Ce n'est pas tout. La reine ayant paru, dans la pompe ordinaire de son cortège, don Salluste force Ruy Blas, qui la regarde « effaré, comme absorbé par cette resplendissante vision », à se couvrir, puisqu'il est « grand d'Espagne » ! Les derniers mots de l'acte sont ceux-ci :

RUY BLAS, bas.

Et que m'ordonnez- vous, seigneur, présentement?

DON SALLUSTE, lui montrant la reine. De plaire à cette femme, et d'être son amant.

(Il lui a, entre temps, donné sa petite maison ; n'en voulant du moins garder que « les clefs secrètes ».)

Le deuxième acte, intitulé la Reine d'Espagne, nous ouvre le salon où dona Maria de Neubourg passe une partie de ses journées avec ses femmes, sous l'irritante surveillance de la camarera mayor, gardienne implacable de l'étiquette. Mais, à ce tableau des servitudes auxquelles devait se plier une reine d'Espagne, succède un monologue qui nous découvre toute l'âme ardente et rêveuse de l'épouse délaissée

de Charles IL Un inconnu — que nous connaissons, nous — s'est blessé il y a quelques jours, en franchissant le mur du parc pour déposer, comme "d'habitude, sur un banc, de certaines fleurs qu'elle aime ; une nuit même, il a fait plus, il a mis dans le bouquet une lettre. Et eUe rêve à tout cela, non sans remords ; elle veut prier, mais «la dentelle » (le morceau de denteUe qu'elle a trouvé accroché au mur), «la fleur, la lettre c'est du feu ! » Et elle ne peut s'empêcher de rehre « une dernière fois » cette lettre que, pour «la dernière fois» toujours, elle reht « depuis un mois » :

« Madame, sous vos pieds, dans l'ombre, un homme est là

« Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ;

« Qui souffre, ver de terre amoureux d'une étoile;

« Qui pour vous donnera son âme, s'il le faut,

« Et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut... »

Mais on annonce une lettre du roi, — que voici :

« Madame, il fait grand vent, et j'ai tué six loups. »

Et cette hgne n'est pas même de la main du roi... 111' a signée, mais il l'avait dictée... à qui ? La reine, examinant l'écriture, y reconnaît, avec stupeur, celle de l'inconnu. D'incident en incident, elle va être amenée, du reste, à soupçonner puis à se convaincre que cet inconnu est le personnage même envoyé par le roi et qui est là, devant elle, sous le nom de « César de Bazan, comte de Garofa ». De son côté, le faux César devine, non, acquiert en dix secondes la cerritude que la reine a été touchée par son amour.

Il est ivre de joie, lorsqu'un vieux héron de cour, don Guritan, amoureux, lui aussi, de la reine, le provoque ; mais la reine, avertie, ordonne gentiment au \^eil amoureux de quitter Madrid à l'instant, pour aller porter une cassette à son père l'électeur de Neubourg. Bon voyage, monsieur le

héron ! , v -, • i j

Le troisième acte, intitulé Ruy Blas, est a lui seul un drame. La première idée de Victor Hugo, d'ailleurs, « avait été que la pièce commençât par le troisième acte : Ruy Blas, premier ministre, duc d'Olmedo, tout-puissant, aimé de la reme ; un laquais entre, donne des ordres à ce tout-puissant, lui fait fermer une fenêtre, et ramasser son mouchoir. Tout se serait expliqué après... » (Victor Hugo raconté...). L'auteur fît bien, ■royons-nous. de préférer « un effet de gradation » à un « effet

d'étonnement »; mais ce qui est sûr, c'est que ce troisième acte, \dolemment antithétique, serait à louer — à applaudir — d'un bout à l'autre, si la fin en était aussi vraisemblable qu'elle est dramatique. — Nous voyons d'abord RuyBlas au pinacle, et digne par son caractère, par son génie même, de cette élévation pour ainsi dire miraculeuse, qu'il doit à l'amour de la reine. Tout le monde sait et Ton pourra relire tout à l'heure le foudroyant discours de son patriotisme indigné, aux membres du « conseil privé du roi », qui ne pensent qu'à se disputer les dernières richesses du royaume. Et l'éloquent premier ministre ne se borne point à flétrir tous ces rapaces; il en exile deux des plus importants, ajoutant pour les autres :

Quiconque ne veut pas marcher dans mon chemin Peut suivre ces messieurs.

La séance terminée, la reine soulève une tapisserie derrière laquelle elle a tout entendu, et « fixe sur Ruy Blas un regard d'admiration et de respect ». Et c'est alors, entre elle et lui, un duo d'amour aussi touchant qu'aucun de ceux de Marion de Lorme ou d'Hernani, mais qui emprunte aux circonstances, au passé de Ruy Blas (passé toujours ignoré de la reine, il va de soi), et à l'exceptionnel prestige de l'héroïne une grandeur et un tragique très particuHers :

Je t'admire .' Autrefois une fleur, à présent un empire ! D'abord je t'ai vu bon, et puis je te vois grand. Mon Dieu ! c'est à cela qu'une femme se prend...

Enfin :

Don César, je vous donne mon âme.

Reine pour tous, pour vous je ne suis qu'une femme. Par l'amour, par le cœur, duc, je vous appartiens. J'ai foi dans votre honneur pour respecter le mien. Quand vous m'appellerez, je viendrai. Je suis prête...

Et, avant de lui dire adieu, et de disparaître, elle le baise au front.

Il reste seul, « comme absorbé dans une contemplation angélique w :

Devant moi tout un monde, un monde de lumière.

' RUY RlAS — 49o

Comme ces paradis qu'en songe nous voyons, S'entr'ouvre en m'inondant de vie et de rayons !

Donc je marche vivant dans mon rêve étoile !...

Mais un homme lui a mis brusquement la main sur l'épaule : « Bonjour! ». C'est don Salluste, habillé en laquais (il porte la livrée de Ruy Blas). Et tout l'orgueil, l'enthousiasme et le génie du pseudo-césar, qui cependant est bien '( le maître », comme a dit la reine, l'abandonnent ! « Pâle de honte et de désespoir », il obéit aux ordres du démon, qui lui coupe ses essais de dissertation politique par :

Faites-moi le plaisir de fermer la croisée,

ou :

.,. Pardon ! ramassez-moi mon mouchoir.

Et, lorsqu'il sent — enfin ! — que le but du marquis a été, est encore de se servir de lui, comme d'un instrument, pour perdre la reine, il ne sait d abord que gémir, et ensuite se jeter et se traîner aux pieds du monstre :

Ayez pitié de moi !... Grâce ! Ayez pitié d'elle !

Brutalement raillé, il a, sans doute, un sursaut de révolte ; mais don Salluste lui rappelle le fameux billet : ^( Moi, Ruy Blas ... », etc., billet que la reine pourra lire demain, si le signataire le désire ; et alors :

Il suffit. — Je ferai, monsieur, ce qu'il vous plaît.

Or, ce qui plaît à don Salluste, c'est que Ruy Blas l'attende demain dans la maison qu'il lui a donnée, et qu'il y ait là,

... dans le jardin, caché sous un feuillage. Un carrosse attelé tout prêt pour un voyage.

Le quatrième acte, intitulé Don César, se passe dans la petite maison où Ruy Blas a promis de se trouver le lendemain. Il a tenu parole : le voici. Mais, après s'être enfin avisé d'un moyen — qui échouera — de sauver la reine, il s'en va. Don César le remplace. Don César, tombé de la cheminée par où il vient d'échapper aux mêmes alguazils qui l'ont naguère

embarqué, vendu : car, à peine de retour à Madrid, « c'est fort ! » ils l'ont rencontré, d'où « poursuite enragée » et « fuite éperdue ». — Nous citerons tout Texhilarant et délicieux nionologue. — L'acte, que don César remplit de sa verve inépuisable, est une suite d'imbroglios causés par sa présence, mais qui, en somme, n'arrêtent pas le cours des événements, le favoriseront plutôt. Le joyeux bohème ne fait-il pas écrire : « Venez », par un des « noirs muets » du logis, au dos d'une lettre de rendez-vous reçue par une « dame » qui, craignant « quelque piège », envoie demander à « don César » s'il lui a bien, tout à l'heure, adressé « ce message» ? Or, cette dame — lecteurs et spectateurs le devinent immédiatement — c'est la reine, et le message c'est le premier billet dicté par don Salluste à Ruy Blas, au premier acte. Le marquis l'a expédié ce matin même... Tout en restant comique, l'acte finit sur une victoire de l'infernal personnage, qui vient d'arriver. Menacé d'un scandale par don César, don Salluste fait mener le gueux en prison. Après la comédie, la tragédie, et la plus tragique ! C'est le cinquième acte, intitulé le Tigre et le Lion. Il est très beau. « Même chambre », mais la nuit venue. Émouvant monologue de Ruy Blas, pour commencer :

Jusqu'au soir, au hasard, j'ai marché dans les rues. J'espère en ce moment. Je suis calme. La nuit, On pense mieux...

Il croit la reine sauvée, et se prépare à mourir. Il saisit déjà 0 convulsivement » une fiole de poison, lorsque la reine paraît. Epouvanté, il la supplie puis lui ordonne de partir. Mais elle :

V^ous touchez à quelque instant funeste. Vous voulez m'écarter de vos dangers. — Je reste.

Aussi bien, elle est dans le piège ! Voici don Salluste, qui, masqué, lui a ouvert la porte de la maison. Il lui présente un parchemin qu'elle n'aura qu'à signer : c'est une lettre au roi, oîi elle se démet de son titre de reine... Une voiture — don Salluste y a mis « beaucoup d'or » — attend les amants, qui pourront aisément gagner le Portugal :

César vous aime.

11 est digne de vous. Il est, sur mon honneur. De fort grande maison. Presque un prince. Un seigneur

Ayant donjon sur roc, et fief dans la campagne. Il est duc d'Olmedo, Bazan et grand d'Espagne...

Mais Ruy Blas, las de mentir ou de laisser mentir pour lui, éclate

Je m'appelle Ruy Blas, et je suis un laquais !

On trouvera plus loin la suite et la fin de la scène, qui est magnifique et terrible, aboutissant à l'assassinat du « tigre « par « le lion » réveillé. Elle est, d'ailleurs, suivie d'une autre belle scène — la dernière du drame, — que nous donnerons tout entière : car Ruy Blas, ayant « puni», s'empoisonne, et meurt dans les bras de la reine, qui lui a pardonné.

Le Conseil privé du Roi, RUY BLAS

RUY BLAS, survenant.

Bon appétit, messieurs! —

{Tous se retournent. Silence de surprise et d'inquiétude.

Ruy Blas se couvre, croise les bras, et poursuit en les

regardant en face.)

O ministres intégres !

Conseillers vertueux! voilà votre façon De servir, serviteurs qui pillez la maison ! Donc vous n'avez pas honte et vous choisissez l'heure. L'heure sombre où l'Espagne agonisante pleure ! Donc vous n'avez ici pas d'autres intérêts Que remplir votre poche et vous enfuir après I Soyez flétris, devant votre pays qui tombe. Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe ! — Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur. L'Espagne et sa vertu, l'Espagne et sa grandeur. Tout s'en va. — Nous avons, depuis Philippe quatre. Perdu le Portugal, le Brésil, sans combattre ; En Alsace Brisach, Steinfort en Luxembourg ; Et toute la Comté jusqu'au dernier faubourg ; Le Roussillon, Ormuz, Goa, cinq mille lieues De côte, et Fernambouc, et les Montagnes Bleues ! Mais voyez. — Du ponant jusques à l'orient, L'Europe, qui vous hait, vous regarde en riant.

498 — RUli BLAS

Comme si votre roi n'était plus qu'un fantôme,

La Hollande et l'Anglais partagent ce royaume ;

Rome vous trompe ; il faut ne risquer qu'à demi

Une armée en Piémont, quoique pays ami ;

La Savoie et son duc sont pleins de précipices ;

La France pour vous prendre attend des jours propices.

L'Autriche aussi vous guette. Et l'infant bavarois

Se meurt, vous le savez. — Quant à nos vice-roi?,

I\Iédina, fou d'amour, emplit Naples d'esclandres,

Vaudémont vend Milan, Leganez perd les Flandres.

Quel remède à cela ? — L'état est indigent,

L'état est épuisé de troupes et d'argent ;

Nous avons sur la mer, où Dieu met ses colères.

Perdu trois cents vaisseaux, sans compter les galères.

Et vous osez !... — Messieurs, en vingt ans, songez-y.

Le peuple, — j'en ai fait le compte, et c'est ainsi ! —

Portant sa charge énorme et sous laquelle il ploie.

Pour vous, pour vos plaisirs, pour vos filles de joie.

Le peuple misérable et qu'on pressure encor,

A sué quatre cent trente millions d'or !

Et ce n'est pas assez ! et vous voulez, mes maîtres !... —

Ah ! j'ai honte pour vous ! — Au dedans routiers, reîtres,

Vont battant le pays et brûlant la moisson.

L'escopette est braquée au coin de tout buisson.

Comme si c'était peu de la guerre des princes.

Guerre entre les couvents, guerre entre les provinces.

Tous voulant dévorer leur voisin éperdu,

]^Iorsures d'afîamés sur un vaisseau perdu !

Notre église en ruine est pleine de couleuvres ;

L'herbe y croît. Quant aux grands,des aïeux,mais pas d'œu vre;

Tout se fait par intrigue et rien par loyauté.

L'Espagne est un égout où vient l'impureté

De toute nation. — Tout seigneur à ses gages

A cent coupe-jarrets qui parlent cent langages :

Génois, sardes, flamands. Ba.bel est dans Madrid.

L'alguazil, dur au pauvre, au riche s'attendrit.

La nuit on assassine, et chacun crie : A l'aide !

— Hier on m'a volé, moi, près du pont de Tolède ! —

La moitié de Madrid pille l'autre moitié.

Tous les juges vendus. Pas un soldat payé.

Anciens vainqueurs du monde, espagnols que nous sommes,

Quelle armée avons-nous ? A peine six mille hommes.

Qui vont pieds nus. Des gueux, des juifs, des montagnards,

S'habillant d'une loque et s'armant de poignards.

Aussi d'un régiment toute bande se double.

Sitôt que la nuit tombe, il est une heure trouble

Où le soldat douteux se transforme en larron.

Matalobos a plus de troupes qu'un baron.

Un voleur fait chez lui la guerre au roi d'Espagne.

Hélas ! les paysans qui sont dans la campagne

Insultent en passant la voiture du roi.

Et lui, votre seigneur, plein de deuil et d'effroi,

Seul, dans l'Escurial, avec les morts qu'il foule,

Courbe son front pensif sur qui l'empire croule !

— Voilà ! — L'Europe, hélas ! écrase du talon

Ce pays qui fut pourpre ^ et n'est plus que haillon. L'état s'est ruiné dans ce siècle funeste, Et vous vous disputez à qui prendra le reste ! Ce grand peuple espagnol aux membres énervés. Qui s'est couché dans l'ombre et sur qui vous vivez, Expire dans cet antre où son sort se termine. Triste comme un Uon mangé par la vermine !

— Charles-Quint, dans ces temps d'opprobre et de terreur, Que fais-tu dans ta tombe, ô puissant empereur?

Oh ! lève-toi ! viens voir ! — Les bons font place aux pires.

Ce royaume effrayant, fait d'un amas d'empires.

Penche... Il nous faut ton bras ! au secours, Charles-Quint !

Car l'Espagne se meurt, car l'Espagne s'éteint !

Ton globe, qui brillait dans ta droite profonde.

Soleil éblouissant qui faisait croire au monde

Que le jour désormais se levait à Madrid,

Maintenant, astre mort, dans l'ombre s'amoindrit,

Lune aux trois quarts rongée et qui décroît encore.

Et que d'un autre peuple effacera l'aurore !

Hélas ! ton héritage est en proie aux vendeurs.

Tes rayons, ils en font des piastres ! Tes splendeurs.

On les souille ! — O géant ! se peut-il que tu dormes?

On vend ton sceptre au poids ! un tas de nains difformes

Se taillent des pourpoints dans ton manteau de roi ;

Et l'aigle impérial, qui, jadis, sous ta loi.

Couvrait le monde entier de tonnerre et de flamme.

Cuit, pauvre- oiseau plumé, dans leur marmite infâme !

(Acte III, scène n.)

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