DON SA^XHE, DONA ROSE
DON SAXCHE
Une main est ouverte entre nous et les astres.
DONA ROSE
Oui, c'est la main de Dieu qui nous protège.
DON SANCHE
Oh! dis.
Entends-tu s'approcher des voix du paradis?
{Lîii montrant le parc et les massifs d' arbres.) Toute cette nature est comme un bruit de lyre.
DONA ROSE
Ah ! quand on se revoit, tout ce qu'on veut se dire
Vous arrive à la fois aux lèvres, le passé.
Le présent, ce qu'on a souffert, voulu, pensé.
Tant de nuits sans sommeil. Dieu, sa miséricorde,
Les hommes, si méchants... Enfin l'âme déborde,
On dit : Je t'aime ! alors on voit qu'on a tout dit.
Ami, j'ai bien pleuré. Quand l'espoir se perdit,
Quand je me vis au fond de ce cloître emmenée,
Oh ! quand je vis le fil de notre destinée
Se rompre, et nos deux cœurs l'un de l'autre arrachés,
Et les projets du roi vaguement ébauchés,
Horreur ! je me sentis tendre, invincible, forte,
Fière, et j'ai souhaité bien des fois être morte.
I Un vague clair de lune commence à se mêler aux perspectives obscures de l'horizon.)
DON SANCHE
Et moi, si tu savais !... Mais, Rose, oublions tout. Le cœur seul est vivant, l'amour seul est debout. Tout le reste s'écroule et meurt. Nous allons être, Oui ! mariés, sauvés ! Moi, je crois en ce prêtre.
Il nous rend ce qu'il a reçu de nous. Aimons !
Vivons ! Vois se lever la lune sur les monts,
Vois ces eaux, vois ces bois qu'emplit une âme immense ;
Toute cette beauté. Rose, est de la clémence.
Toute cette douceur éparse en ce beau lieu
Nous ordonne de croire et nous répond de Dieu.
Ne crains plus rien, belle âme innocente apaisée !
La douleur, c'est le lys ; l'espoir, c'est la rosée ;
La douleur s'ouvre, et Dieu d'en haut pleure attendri,
Et c'est là l'espérance. Oui, nos deuils, notre cri,
L'ont ému. Des gardiens inconnus nous préservent.
Je vois autour de nous des ombres qui nous servent.
Que te dire? Je t'aime ! Ah ! nous sommes vainqueurs,
Et tout le bleu profond du ciel entre en nos cœurs.
Espérons.
DONA ROSE
Oui, je sens que quelqu'un nous délivre. Oui, j'espère. Espérer, c'est naître.
DON SANCHE
Aimer, c'est vivre.
DONA ROSE
Qu'avais -je dans l'esprit? Ah ! voilà ! je voudrais Te dire que je t'aime !
DON SANCHE
Approche alors.
[Elle approche.)
Tout près.
[Elle approche. Tous deux s'asseyent sur le banc.
DONA ROSE, le contemplant.
O don Sanche ! ô mon roi ! quel beau front que le vôtre !
DON SANCHE
Rose, nous allons être à jamais l'un à l'autre.
Rose, comme c'est vrai ! Dieu vient quand vous priez.
Oh ! comprends-tu ce mot céleste : mariés !
Tous les mots du bonheur, t'entendre me les dire
Tremblante, et les venir baiser sur ton sourire !
Avoir le paradis pour joug et pour devoir !
Et, qui sait? bientôt, Rose, oh ! ne rougis pas ! voir.
Entre ses petits doigts adorés un doux être
Presser ton sein charmant, moi l'amant, lui le maître !
L'entendre bégayer de ses lèvres de miel : « Mère ! »
DOXA ROSE, avec adoration.
Il te dira : Père, ô mon bien-aimé !
{Pendant leur extase, au fond, en arrière et au-dessous de la coupure de l'escalier, apparaît le haut d'une bannière noire. La bannière monte lentement. On la voit tout entière. Au centre il y a une tête de mort et deux os en croix, blancs sur le fond noir. Cela grandit et approche. — Don Sanche et dofïa Rose se retournent pétrifiés. — La bannière continue de monter. On voit apparaître la cagoule du porte-banmère, et à droite et à gauche les cagoules de deux files de pénitents, blancs et noirs.)
DON SANCHE
(Acte V, scène v.)
Ciel!
Un prologue, daté de 1869 ; quatre pièces : la Grand'mère (un acte, 1865), l'Epée (un acte, sans édite), Mangeront-ils? (deux actes, 1867), la Forêt mouillée (un acte, 1854), et trois saynètes : Sur la lisière d'un bois, les Gueux, Etre aimé, composent ce recueil posthume; en composent du moins l'édition originale, car le volume de T Imprimerie nationale renferme beaucoup d' « inédits ».
La Foret mouillée est une féerie charmante et très curieuse, toute la nature en fête participant à l'action, fleurs et plantes rivahsant d'esprit, de blague, avec les papillons, frelons, moineaux, etc. — Mais les deux meilleures pièces du recueil sont la Grand'mère, fantaisie sentimentale pleine de grâce et d'émotion, et Mangeront-ils? drame ou sorte de drame féerique, inspiré des féeries shakespeariennes, et cependant original, où se trouvent deux personnages inoubhables : la vieille sorcière Zineb, et l'exquis voleur démocrate Aïrolo.
Aïrolo ! mélange de l' Ariel ' de Shakespeare et de don
I. Esprit gracieux et bon, personnage de la TempéU de W. Shakespeare.
César de Bazan. On va d'ailleurs l'entendre se raconter et philosopher, dans une scène avec deux jeunes époux, lord Slada et ladv Janet, qui, poursuivis par le roi — amoureux de lady janet, — se sont réfugiés dans un couvent (c'est même dans cet asile que lady Janet et lord Slada se sont mariés). Mais, s'ils se trouvent à l'abri de la jalousie et de la colère royales, c'est à la condition de ne pas manger... Ainsi le veut la règle de l'asile. — Aïroio les sauvera.