‹ OEuvres choisies illustréesChapitre 284 sur 293 · LE MARQUIS · texte numérisé non relu

LE MARQUIS

Tient l'Espagne. Il est pontife.

Partout OÙ vous posiez votre ongle, il met sa griflfe. Il vous remplace. Altesse, ah ! ce n'est plus le temps Où, quand bon vous semblait, choisissant vos instants. Vous pouviez dans un cloître entrer avec menace. Et faire lâcher prise à l'église tenace.

Vous pouviez faire pendre un abbé. Maintenant Ne vous y frottez point. Ah ! ce moine est gênant ! Vos potences ! toucher aux prêtres ! qu'on y vienne ! Votre justice a tout à craindre de la sienne ; Et, certes, il rirait de vous voir approcher Le bois de vos gibets du feu de son bûcher. Duel inégal. — Seigneur, la terre est à ce moine...

Furieux contre le moine, Ferdinand ordonne au marquis d'arracher Rose du couvent, et de la cacher. Le marquis sort au moment où paraissent les u députés des juifs )). Noble et poignant discours du grand rabbin. Ni le roi ni la reine ne daignent répondre. Mais, restés seuls, ils délibèrent, et ils décident de faire grâce aux juifs pour cette fois — ceux-ci leur ont donné trente mille marcs d'or, — lorsque paraît Torquemada qui les maudit, les force à s'agenouiller devant lui, et, finalement, ayant tiré un rideau, leur montre le Quemadero brûlant et fumant (car il n'a pas voulu attendre la décision royale) : « Des tonneaux de poix et de bitume allumés, accrochés au haut des poteaux, se vident flamboyants sur la tête des condamnés. Des femmes que la flamme a faites nues flambent adossées à des pieux de fer. On entend des cris. Aux quatre angles du Quemadero, les quatre gigantesques statues dites les Quatre évangéhstes apparaissent toutes rouges dans la braise. Elles ont des trous et des crevasses par où l'on voit passer des têtes hurlantes, et s'agiter des bras qui semblent des tisons vivants. Enoime aspect de supphce et d'incendie. — Le roi et la reine regardent terrifiés... Torquemada en contemplation repaît ses yeux du Quemadero ».

Et il ne fait pas qu'en repaître ses yeux ; il parle! il parle! ivre de joie mystiquement humanitaire, puisque tous ces « damnés » vont être « absous » :

Ah ! sans moi, vous étiez perdus, mes bien-aimés !...

Le troisième acte se passe la nuit, à Séville encore, dans le parc secret du roi ; parc où doit être amenée dona Rose, mais où le marquis de Fuentel amène les deux jeunes gens, — avec lesquels il compte s'enfuir dès le lendemain matin ! Il veut les mettre en sûreté hors d'Espagne. Restés seuls, les jeunes gens sont reconnus par Torquemada, qui se félicite de pouvoir, en les sauvant et les mariant, leur payer

ce qu'ils ont fait pour lui. Mais, naïvement — trop naïvement puisqu'ils savent au moins du personnage qu'il est moine, — ils lui révèlent le sacrilège qu'ils ont commis ; et alors, c'est de leur véritable salut, de leur salut éternel, que va s'occuper l'inquisiteur. Ils ne s'en doutent pas ; seuls de nouveau, ils se disent leur bonheur... Mais voici la scène — et le dénouement :

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