‹ OEuvres choisies illustréesChapitre 288 sur 293 · LES JUMEAUX · texte numérisé non relu

LES JUMEAUX

Quelques mots seulement sur ce drame inachevé, que Victor Hugo avait d'abord intitulé le Comte Jean, du nom d'un des principaux personnages, Jean de Créqui.

Commencés en juillet 1839, ^^^ Jumeaux furent interrompus en août par une maladie de l'auteur. Il en avait écrit deux actes, et plusieurs scènes du troisième. Mais, suivant l'observation des éditeurs, il est à croire que, s'il s'était remis à cette pièce pour la terminer, il eût remanié ce que nous en avons, u Le premier acte, qui a près de neuf cents vers, aurait été nécessairement resserré et condensé. Victor Hugo avait l'habitude de commencer par laisser toute hberté à son imagination. De là une surabondance de détails et un excès de développements sur lesquels il revenait ensuite, simpH fiant, rectifiant, modifiant. Nous n'avons ici que le premier jet, quelque chose d'analogue au « premier état » des eaux- fortes de Rembrandt, que plus d'un amateur préfère à l'état définitif... »

Inspirés au poète par la légende du Masque de fer, lequel passa longtemps pour un frère de Louis XIV, les Jumeaux eussent été jusqu'au bout, semble-t-il, un drame d'aventures, tournant autour d'une grande figure historique, Mazarin. La scène où s'arrêta l'auteur est un long monologue de l'habile ministre qui, près de mourir, s'applaudit de son œuvre. Les derniers vers sont les suivants :

Partout nous devenons les maîtres; nous avons

Dans l'Inde des soldats, en Chine des jésuites.

Nos machines de guerre en tous lieux sont construites;

LES JUMEAUX — :^^i

Sûr moyen de régner sans lutter. — Je suis vieux, Tout brisé par les ans, mes pires envieux; Je vois déjà, dans l'ombre où pas à pas je tombe, Quelque chose d'ouvert qui ressemble à la tombe, Eh bien, si l'heure sombre est tout proche en effet, Quand Dieu dans mon cercueil me criera : Qu'as-tu fait ? Je pourrai dire : O Dieu ! l'onde a battu ma tête ; Quand je suis arrivé, tout n'était que tempête ; L'esprit des temps nouveaux, l'esprit du temps ancien, Luttaient ; c'était terrible, et vous le savez bien ! Louis onze a livré la première bataille ; François premier, venu pour élargir l'entaille, Est mort à l'œuvre avant que le géant tombât ; Richeheu n'a pas vu la fin du grand combat ; Tous ces hommes, suivant leur loi haute et profonde. Ont fait la guerre. — Moi. j'ai fait la paix du monde !

(Se levant.) , „ , . ^ ,

La paix du monde ! — Oh ! oui ! spectacle éblouissant ! Dans ce travail sacré chaque jour avançant, Je vais. Le roi de France est mon outil sublime. J'ai fini maintenant, et je suis sur la cime ! Plus d'écueil ! plus d'obstacle !...

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