‹ OEuvres choisies illustréesChapitre 37 sur 293 · PAN · texte numérisé non relu

PAN

SI L'ON VOUS DIT QUE L'ART et que la poésie C'est un flux étemel de banale ambroisie, Que c'est le bruit, la foule, attachés à vos pas. Ou d'un salon doré l'oisive fantaisie.

Ou la rime en fuyant par la rime saisie. Oh ! ne le croyez pas !

O poètes sacrés, échevelés, subHmes,

Allez, et répandez vos âmes sur les cimes,

Sur les sommets de neige en butte aux aquilons.

Sur les déserts pieux où l'esprit se recueille.

Sur les bois que l'automne emporte feuille à feuille.

Sur les lacs endormis dans l'ombre des vallons !

Contemplez du matin la pureté divine, Quand la brume en flocons inonde la ravine, Quand le soleil, que cache à demi la forêt. Montrant sur l'horizon sa rondeur échancrée, Grandit comme ferait la coupole dorée D'un palais d'Orient dont on approcherait !

Enivrez-vous du soir ! à cette heure où, dans l'ombre, Le paysage obscur, plein de formes sans nombre. S'efface, de chemins et de fleuves rayé ; Quand le mont, dont la tête à l'horizon s'élève, Semble un géant couché qui regarde et qui rêve. Sur son coude appuyé !

Si vous avez en vous, vivantes et pressées. Un monde intérieur d'images, de pensées. De sentiments, d'amour, d'ardente passion, Pour féconder ce monde, échangez-le sans cesse Avec l'autre univers visible qui vous presse ! Mêlez toute votre âme à la création 1

Car, ô poètes saints ! l'art est le son sublime. Simple, divers, profond, mystérieux, intime, Fugitif comme l'eau qu'un rien fait dévier, Redit par un écho dans toute créature.

Que sous vos doigts puissants exhale la nature. Cet immense clavier !

Novembre 1831.

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