‹ OEuvres choisies illustréesChapitre 40 sur 293 · A LA COLONNE L · texte numérisé non relu

A LA COLONNE L

OH! QUAND IL BATISSAIT, de sa main colossale. Pour son trône, appuyé sur l'Europe vassale.

Ce pilier souverain.

Ce bronze, devant qui tout n'est que poudre et sable, Sublime monument, deux fois impérissable,

Fait de gloire et d'airain ;

Quand il le bâtissait, pour qu'un jour dans la ville Ou la guerre étrangère ou la guerre civile

Y brisassent leur char.

Et pour qu'il fît pâlir sur nos places publiques Les frêles héritiers de vos noms magnifiques,

Alexandre et César !

C'était un beau spectacle ! — Il parcourait la terre Avec ses vétérans, nation militaire

Dont il savait les noms ; Les rois fuyaient ; les rois n'étaient point de sa taille ; Et, vainqueur, il allait par les champs de bataille,

Glanant tous leurs canons. ûJU-A-"^

Et puis il revenait avec la Grande Armée, Encombrant de butin sa France bien-aimée,

Son Louvre de granit. Et les Parisiens poussaient des cris de joie, Comme font les aiglons, alors qu'avec sa proie

L'aigle rentre à son nid !

Et lui. poussant du pied tout ce métal sonore, ^^^^Jb

11 courait à la cuve où bouillonnait encore -'tA-^*-''^

Le monument prornis.

Le moule en était fait d'une de ses pensées. Dans la^ fournaise ardente il jetait à brassées CL/>v^v'v-A>'^^

Les canons ennemis ! "^^ /

y4 — LES CBAyT:< DU CREPUSCULE

Puis il s'en revenait gagner quelque bataille. Il dépouillait encore à travers la mitraille

Maints affûts dispersés ; f^"^^ -c^A^**^-*^

Et, rapportant ce bronze à la Rome française, Il disait aux fondeurs penchés sur la fournaise : — En avez-vous assez ? —

C'était son œuvre à lui. — Les feux du pql^-gone, --«A^o^-^*^ ' Et la bombe, et le sabre, et l'or de la dragonne, Xj^A-^i- "'

Furent ses premiers jeux. "^

Général, pour hochets il prit les Pyramides ; ^^-<W>CJCL*,^ Empereur, il voulut, dans ses vœux moins timides, U ^

Quelque chose de mieux.

Il fit cette colonne ! — Avec sa main romaine Il tordit et mêla dans l'œuvre surhumaine

Tout un siècle fameux, Les Alpes se courbant sous sa marche tonnante, Le Xil, le Rhin, le Tibre, AusterUtz rayonnante,

Eylau froid et brumeux.

Car c'est lui qui, pareil à l'antique Encelade i, Du trône universel essaya l'escalade ;

Qui vingt ans entassa.

Remuant terre et cieux avec une parole, Wagram sur Marengo, Champaubert sur Arcole,

Pélion sur Ossa !...

Mais c'est en vain que des pétitionnaires, dès octobre 1830, ont demandé à la Chambre d'intervenir pour faire transporter les cendres de Napoléon sous la Colonne ; « trois cents avocats » passèrent à l'ordre du jour. Le poète s'en indigne. Ils ont eu peur !... « peur d'avoir l'Empereur sur leur tête... » Ce qui n'empêchera pas le retour des cendres un jour :

Dors, nous t'irons chercher ! ce jour viendra peut-être ! Car nous t'avons pour dieu sans t'avoir eu pour maître ! Car notre œil s'est mouillé de ton destin fatal. Et, sous les trois couleurs comme sous l'oriflamme. Nous ne nous pendons pas à cette corde infâme Qui t'arrache à ton piédestal !

Oh ! va, nous te ferons de belles funérailles ! Nous aurons bien aussi peut-être nos batailles ;

ï. Le plus célèbre des Titans qui se révoltèrent contre Jupiter. Celui-ci le foudroya, et l'ensevelit sous l'Etna.

Nous en ombragerons ton cercueil respecté ! .

Nous y convierons tout, Europe, Afrique, Asie ! -*-v^-^t*-^Q, Et nous t'amènerons la jeune Poésie Chantant la jeune Liberté!

Tu seras bien chez nous ! — couché sous ta colonne,

Dans ce puissant Paris qui fermente et bouillonne,

Sous ce ciel, tant de fois d'orages obscurci, ^

Sous ces pavés vivants qui grondent et s'amassent, e^t-^-*--^^

Où roulent les canons, où les légions passent';

Le peuple est une mer aussi.

S'il ne garde aux tyrans qu'abîme et que tonnerre, Il a pour le tombeau, profond et centenaire (La seule majesté dont il soit courtisan). Un long gémissement, infini, doux et sombre. Qui ne laissera pas regretter à ton ombre Le murmure de l'océan !

Octobre 1830.

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