DICTE APRES JUILLET
FRÈRES ! Et vous aussi vous avez vos journées l Vos victoires, de chêne et de fleurs couronnées, Vos civiques lauriers, vos morts ensevelis. Vos triomphes, si beaux à l'aube de la vie, Vos jeunes étendards, troués à faire envie
A de vieux drapeaux d'Austerlitz !
Soyez fiers ! vous avez fait autant que vos pères. Les droits d'un peuple entier, conquis par tant de guerres, Vous les avez tirés tout vivants du linceul. Juillet vous a donné, pour sauver vos familles. Trois de ces beaux soleils qui brûlent les bastilles ; Vos pères n'en ont eu qu'un seul !
Vous êtes bien leurs fils ! c'est leur sang, c'est leur âme Qui fait vos bras d'airain et vos regards de flamme. Ils ont tout commencé. Vous avez votre tour. Votre mère, c'est bien cette France féconde Qui fait, quand il lui plaît, pour l'exemple du monde, Tenir un siècle dans un jour!
LES CHANTS LU CREPUSCULE — î)l
L'Angleterre jalouse et la Grècfe homérique, Toute l'Europe admire, et la jeune Amérique Se lève et bat des mains du bord des océans. Trois jours vous ont suffi pour briser vos entraves. Vous êtes les aînés d'une race de braves, Vous êtes les fils des géants !
Trois jours, trois nuits, dans la fournaise
Tout ce peuple en feu bouillonna,
Crevant l'écharpe béarnaise
Du fer de lance d'Téna.
En vain dix légions nouvelles
Vinrent s'abattre à grand bruit d'ailes
Dans le formidable foyer ;
Chevaux, fantassins et cohortes
Fondaient comme des branches mortes
Qui se tordent dans le brasier!
Comment donc as-tu fait pour calmer ta colère. Souveraine cité qui vainquis en trois jours ? Comment donc as-tu fait, ô fleuve populaire, Pour rentrer dans ton lit et reprendre ton cours? O terre qui tremblais ! ô tempête ! ô tourmente ! Vengeance de la foule au sourire effrayant! Comment donc as-tu fait pour être intelligente Et pour choisir en foudroyant?
C'est qu'il est plus d'un cœur stoïque Parmi vous, fils de la cité ; C'est qu'une jeunesse héroïque Combattait à votre côté.
Désormais, dans toute fortune.
Vous avez une âme commune Qui dans tous vos exploits a lui.
Honneur au grand jour qui s'écoule !
Hier vous n'étiez qu'une foule ; Vous êtes un peuple aujourd'hui I...
Mais Victor Hugo ne pouvait pas oublier que, peu d'années auparavant, il était encore royalist« au sens légitimiste dû mot ; il s'écriait :
Oh ! laissez-moi pleurer sur cette race morte Que rapporta l'exil et que l'exil remporte.
Vent fatal qui trois fois déjà les enleva ! Reconduisons au moins ces vieux rois de nos pères. Rends, drapeau de Fleurus, les honneurs militaires A l'oriflamme qui s'en va!
Je ne leur dirai point le mot qui les déchire.
Qu'ils ne se plaignent pas des adieux de la lyre !
Pas d'outrage au vieillard qui s'exile à pas lents !
C'est une piété d'épargner les ruines.
Je n'enfoncerai pas la couronne d'épines
Que la main du malheur met sur des cheveux blancs î
Après cette déclaration, le poète était libre de s'abandonner à sa foi libérale, récente mais ardente :
Oh ! l'avenir est magnifique !
Jeunes Français, jeunes amis, Un siècle pur et pacifique S'ouvre à vos pas mieux affermis. Chaque jour aura sa conquête.
Depuis la base jusqu'au faîte.
Nous verrons avec majesté.
Comme une mer sur ses rivages, Monter d'étages en étages L'irrésistible Liberté !
Vos pères, hauts de cent coudées.
Ont été forts et généreux.
Les nations intimidées
Se faisaient adopter par eux.
Ils ont fait une telle guerre
Que tous les peuples de la terre
De la France prenaient le nom,
Quittaient leur passé qui s'écroule.
Et venaient s'abriter en foule
A l'ombre de Napoléon !
Vous n'avez pas l'âme embrasée
D'une moins haute ambition ! ,
Faites libre toute pensée.
Et reine toute nation ;
Montrez la liberté dans l'ombre,
A ceux qui sont dans la nuit sombre !
Allez, éclairez le chemin, Guidez notre marche unanime, Et faites, vers le but subhme, Doubler le pas au genre humain !
10 août 1830.