A VIRGILE
Phot. Alinaii.
LE PARNASSE (fragment)
En haut à gauche. Virgile est représenté, montrant du doigt les Muses.
FRESgCi: DR KAPHAliL CHAMBRES DU VATICAN
VICTOR HUGO — POESIE
Pour toi je l'ai cherchée, accompagné de celle Qui sait tous les secrets que mon âme recèle, Et qui, seule avec moi sous les bois chevelus, Serait ma Lycoris si j'étais ton Gallus ' .
Car elle a dans le cœur cette fleur large et pure,
L'amour mystérieux de l'antique nature !
Elle aime comme nous, maître, ces douces voix,
Ce bruit de nids joyeux qui sort des sombres bois.
Et, le soir, tout au fond de la vallée étroite.
Les coteaux renversés dans le lac qui miroite,
Et, quand le couchant morne a perdu sa rougeur.
Les marais irrités des pas du voyageur.
Et l'humble chaume, et l'antre obstrué d'herbe verte
Et qui semble une bouche avec terreur ouverte,
Les eaux, les prés, les monts, les refuges charmants,
Et les grands horizons pleins de rayonnements !
Maître ! puisque voici la saison des pervenches, Si tu veux, chaque nuit, en écartant les branches. Sans éveiller d'échos à nos pas hasardeux. Nous irons tous les trois, c'est-à-dire tous deux. Dans ce vallon sauvage, et, de la sohtude, Rêveurs, nous surprendrons la secrète attitude. Dans la brune clairière où l'arbre au tronc noueux Prend le soir un profil humain et monstrueux, Nous laisserons fumer, à côté d'un cytise. Quelque feu qui s'éteint sans pâtre qui l'attise. Et, l'oreille tendue à leurs vagues chansons, Dans l'ombre, au clair de lune, à travers les buissons, Avides, nous pourrons voir à la dérobée Les satyres dansants qu'imite Alphésibée ^.
Mars 1837.