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CE QUI SE PASSAIT AUX FEUILLANTINES VERS

J'EUS, dans ma blonde enfance, hélas! trop éphémère, Trois maîtres : — un jardin, un vieux prêtre, et ma mère.

Le jardin était grand, profond, mystérieux,

Fermé par de hauts murs aux regards curieux.

Semé de fleurs s'ouvrant ainsi que des paupières,

Et d'insectes vermeils qui couraient sur les pierres,

Plein de bourdonnements et de confuses voix ;

Au miUeu, presque un champ, dans le fond, presque un bois.

Le prêtre, tout nourri de Tacite et d'Homère,

Était un doux vieillard. Ma mère — était ma mère !

Ainsi je grandissais sous ce triple rayon.

Un jour... — Oh ! si Gautier ^ me prêtait son crayon,

Je vous dessinerais d'un trait une figure -

Qui chez ma mère un soir entra, fâcheux augure !

Un docteur au front chauve, au maintien solennel.

Et je verrais éclore à vos bouches sans fiel,

Portes de votre cœur qu'aucun souci ne mine,

Ce rire éblouissant qui parfois m'illumine! —

Lorsque cet homme entra, je jouais au jardin. Et rien qu'en le voyant je m'arrêtai soudain.

C'était le principal d'un collège quelconque.

Les tritons que Ccypel'' groupe autour d'une conque,

Les faunes que Watteau * dans les bois fourvoya.

Les sorciers de Rembrandt ^ les gnomes de Goya p.

Les diables variés, vrais cauchemars de moine,

Dont Callot" en riant taquine saint Antoine,

Sont laids, mais sont charmants ; difformes, mais remplis

D'un feu qui de leur face anime tous les plis,

Et parfois dans leurs yeux jette un éclair rapide.

— Notre homme était fort laid, mais il était stupide.

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