Le poète s'adresse à des enfants
3 Peintre français, né à Paris, brillant coloriste (1628-1707).
4. Ce peintre exquis né à Valenciennes en i6"4. mourut en 1721.
5. L'illustre peintre hollandais, né à Leyde en 1606. mourut en 1669.
6. Ce peintre espagnol, hardi, original, vécut de 1746 à 18.28.
7. Le célèbre graveur et peintre lorrain, né en 1502, mourut en 1635.
Pardon, j'en parle encor comme un franc écolier. C'est mal. Ce que j'ai dit, tâchez de l'oublier ; Car de votre âge heureux, qu'un pédant embarrasse, J'ai gardé la colère et j'ai perdu la grâce.
Cet homme chauve et noir, très effrayant pour moi,
Et dont ma mère aussi d'abord eut quelque effroi,
Tout en multiphant les humbles attitudes.
Apportait des avis et des sollicitudes.
— Que l'enfant n'était pas dirigé ; — que parfois
Il emportait son hvre en rêvant dans les bois ;
Qu'il croissait au hasard dans cette soUtude ;
Qu'on devait y songer ; que la sévère étude
Etait fille de l'ombre et des cloîtres profonds ;
Qu'une lampe pendue à de sombres plafonds.
Qui de cent écoUers guide la plume agile,
Eclairait mieux Horace, et Catulle, et Virgile,
Et versait à l'esprit des rayons bien meilleurs
Que le soleil qui joue à travers l'arbre en fleurs.
Et qu'enfin il fallait aux enfants, — loin des mères, —
Le joug, le dur travail et les larmes amères. —
Là-dessus, le collège, aimable et triomphant.
Avec un doux sourire offrait au jeune enfant
Ivre de Uberté, d'air, de joie et de roses,
Ses bancs de chêne noirs, ses longs dortoirs moroses.
Ses salles qu'on verrouille et qu'à tous les piliers
Sculpte avec un vieux clou l'ennui des écoUers,
Ses magisters qui font, parmi les paperasses.
Manger l'heure du jeu par les pensums voraces.
Et, sans eau, sans gazon, sans arbres, sans fruits mûrs.
Sa grande cour pavée entre quatre grands murs.
L'homme congédié, de ses discours frappée.
Ma mère demeura triste et préoccupée.
Que faire ? que vouloir ? qui donc avait raison.
Ou le morne collège, ou l'heureuse maison ?
Qui sait mieux de la vie accomphr l'œuvre austère;
L'écolier turbulent, ou l'enfant solitaire ?
Problèmes ! questions ! elle hésitait beaucoup.
L'affaire était bien grave. Humble femme après tout,
Ame par le destin, non par les hvres faite,
De quel front repousser ce tragique prophète.
Au ton si magistral," aux gestes si certains,
Qui lui parlait au nom des Grecs et des Latins ?...
Elle songeait ainsi sans sommeil et sans trêve. C'était l'été : vers l'heure où la lune se lève, Par un de ces beaux soirs qui ressemblent au jour Avec moins de clarté, mais avec plus d'amour. Dans son parc, où jouaient le rayon et la brise. Elle errait, toujours triste et toujours indécise, Questionnant tout bas l'eau, le ciel, la forêt. Ecoutant au hasard les voix qu'elle entendrait.
C'est dans ces moments-là que le jardin paisible,
La broussaille où remue un insecte invisible,
Le scarabée ami des feuilles, le lézard
Courant au clair de lune au fond du vieux puisard,
La faïence à fleur bleue où vit la plante grasse,
Le dôme oriental du sombre Val-de-Grâce,
Le cloître du couvent, brisé, mais doux encor,
Les marronniers, la verte allée aux boutons-d'or,
La statue où sans bruit se meut l'ombre des branches.
Les pâles liserons, les pâquerettes blanches,
Les cent fleurs du buisson, de l'arbre, du roseau.
Qui rendent en parfums ses chansons à l'oiseau.
Se mirent dans la mare, ou se cachent dans l'herbe.
Ou qui, de l'ébénier chargeant le front superbe,
Au bord des clairs étangs se mêlant au bouleau.
Tremblent en grappes d'or dans les moires de l'eau.
Et le ciel scintillant derrière les ramées,
Et les toits répandant de charmantes fumées, —
C'est dans ces moments-là, comme je vous le dis,
Que tout ce beau jardin, radieux paradis,
Tous ces vieux murs croulants, toutes ces jeunes roses.
Tous ces objets pensifs, toutes ces douces choses.
Parlèrent à ma mère avec l'onde et le vent.
Et lui dirent tout bas ; " Laisse-nous cet enfant.'...
« Laisse-nous cet enfant, pauvre mère troublée ! Cette prunelle ardente, ingénue, étoilée. Cette tête au front pur qu'aucun deuil ne voila, Cette âme neuve encor, mère, laisse-nous-la ! Ne va pas la jeter au hasard dans la foule. La foule est un torrent qui brise ce qu'il roule. Ainsi que les oiseaux, les enfants ont leurs peurs. Laisse à notre air limpide, à nos moites vapeurs.
A nos soupirs, légers comme l'aile d'un songe,
Cette bouche où jamais n'a passé le mensonge,
Ce sourire naïf que sa candeur défend !
O mère au cœur profond, laisse-nous cet enfant !
Nous ne lui donnerons que de bonnes pensées ;
Nous changerons en jour ses lueurs commencées ;
Dieu deviendra visible à ses yeux enchantés ;
Car nous sommes les fleurs, les rameaux, les clartés,
Nous sommes la nature et la source éternelle
Où toute soif s'épanche, où se lave toute aile ;
Et les bois et les champs, du sage seul compris,
Font l'éducation de tous les grands esprits !
Laisse croître l'enfant parmi nos bruits sublimes.
Nous le pénétrerons de ces parfums intimes.
Nés du souffle céleste épars dans tout beau lieu,
Qui font sortir de l'homme et monter jusqu'à Dieu,
Comme le chant d'un luth, comme l'encens d'un vase,
L'espérance, l'amour, la prière et l'extase !
Nous pencherons ses yeux vers l'ombre d'ici-bas.
Vers le secret de tout entr'ouvert sous ses pas.
D'enfant nous le ferons homme, et d'homme poète.
Pour former de ses sens la corolle inquiète.
C'est nous qu'il faut choisir ; et nous lui montrerons
Comment, de l'aube au soir, du chêne aux moucherons,
Emplissant tout, reflets, couleurs, brumes, haleines,
La vie aux mille aspects rit dans les vertes plaines.
Nous te le rendrons simple et des cieux ébloui ;
Et nous ferons germer de toutes parts en lui
Pour l'homme, triste effet perdu sous tant de causes,
Cette pitié qui naît du spectacle des choses !
Laisse-nous cet enfant ! nous lui ferons un cœur
Qui comprendra la femme ; un esprit non moqueur,
Où naîtront aisément le songe et la chimère.
Qui prendra Dieu pour hvre et les champs pour grammaire;
Une âme, pur foyer de secrètes faveurs.
Qui luira doucement sur tous les fronts rêveurs,
Et, comme le soleil dans les fleurs fécondées,
Jettera des rayons sur toutes les Idées. »
Ainsi parlaient, à l'heure où la ville se tait,
L'astre, la plante et l'arbre, — et ma mère écoutait.
Enfants ! ont-ils tenu leur promesse sacrée ? Je ne sais. Mais je sais que ma mère adorée
Les crut, et, m'épargnant d'ennuyeuses prisons, Confia ma jeune âme à leurs douces leçons. Dès lors, en attendant la nuit, heure où l'étude Rappelait ma pensée à sa grave attitude. Tout le jour, libre, heureux, seul sous le firmament, Je pus errer à l'aise en ce jardin charmant, Contemplant les fruits d'or, l'eau rapide ou stagnante, L'étoile épanouie et la fleur rayonnante, Et les prés et les bois, que mon esprit le soir Revoyait dans Virgile ainsi qu'en un miroir.
Enfants ! aimez les champs, les vallons, les fontaines,
Les chemins que le soir empUt de voix lointaines.
Et l'onde et le sillon, flanc jamais assoupi
Où germe la pensée à côté de l'épi.
Prenez-vous par la main et marchez dans les herbes ;
Regardez ceux qui vont hant les blondes gerbes ;
Epelez dans le ciel plein de lettres de feu,
Et, quand un oiseau chante, écoutez parler Dieu.
La vie avec le choc des passions contraires
Vous attend ; soyez bons, soyez vrais, soyez frères ;
Unis contre le monde où l'esprit se corrompt.
Lisez au même Hvre en vous touchant du front.
Et n'oubhez jamais que l'âme humble et choisi-.
Faite pour la lumière et pour la poésie.
Que les cœurs où Dieu met des échos sérieux
Pour tous les bruits qu'anime un sens mystérieux,
Dans un cri, dans un son, dans un vague murmure,
Entendent les conseils de toute la nature !
. 4-W^ TRISTESSE D'OLYMPIO l^- A^
LES CHAJMPS n'étaient point noirs, les cieux n'étaient pas Non, le jour rayonnait dans un azur sans bornes [mornes.
Sur la terre éigndu, "*
L'air était plein d'encens et les prés de verdures Quand il revit ces heux où par tant de blessures
Son cœur s'est répandu!
L'automne souriait ; les coteaux vers la plaine Penchaient leurs bois charmants qui jaunissaient à peine; Le ciel était doré ;
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Et les oiseaux tournés vers celui que tout nomme, Disant peut-être à Dieu quelque chose de l'homme, Chantaient leur chant sacré.
i II voulut tout revoir, l'étang près de la source, "^V^^AAjsC*» §a/uJLL3l m^ure où l'aumône avait vidé leur bourse, ^/f Le vieux frêne pUé, Les retraites d'amour au fond des bois perdues, L'arbre où dans les baisers leurs âmes confondues Avaient tout oubhé.
Il chercha le jardin, la maison isolée, /
La grille d'où l'œil plonge en une obhque allée, /
Les vergers en talus. ^ -'.^-/- »i- ^
Pâle, il marchait. — Au bruit de son pas grave et sombre, ^^L^ll-^ Il voyait à chaque arbre, hélas ! se dresser l'ombre
Des jours qui ne sont plus I
Il contempla longtemps les formes magnifiques Que la nature prend dans les champs pacifiques ;
Il rêva jusqu'au soir ; Tout le jour il erra le long de la ravine. Admirant tour à tour le ciel, face divine.
Le lac, divin miroir!
Hélas ! se rappelant ses douces aventures. Regardant, sans entrer, par-dessus les clôtures.
Ainsi qu'un paria, Il erra tout le jour. Vers l'heure où la nuit tombe. Il se sentit le cœur triste comme une tombe ;
Alors il s'écria :
« O douleur ! j'ai voulu, moi dont l'âme est troublée. Savoir si l'urne encor conservait la hqueur. Et voir ce qu'avait fait cette heureuse vallée De tout ce que j'avais laissé là de mon cœur !
« Que peu de temps suffit pour changer toutes choses ! Nature au front serein, comme vous oubHez ! Et comme vous brisez dans vos métamorphoses Les fils mystérieux où nos cœurs sont Hés !
« Nos chambres de feuillage en halliers sont changées! / L'arbre où fut notre chiffre est mort ou renversé ; ' Nos roses dans l'enclos ont été ravagées . Par les petits enfants qui sautent le fossé.
Un mur clôt la fontaine où. par l'heure échauffée, Folâtre, elle buvait en descendant des bois ; Elle prenait de l'eau dans sa main, douce fée, Et laissait retomber des perles de ses doigts !
\« On a pavé la route âpre et mal aplanie, Où, dans le sable pur se dessinant si bien, I 1 «► Et de sa petitesse étalant l'ironie, Ij ^/f^ Son pied charmant semblait rire à côté du mien !
« La borne du chemin, qui vit des jours sans nombre, Où jadis pour m'entendre elle aimait à s'asseoir. S'est usée en heurtant, lorsque la route est sombre. Les grands chars gémissants qui reviennent le soir.
j « La forêt ici manque, et là s'est agrandie.
De tout ce qui fut nous presque rien n'est vivant ; Et. comme un tas de cendre éteinte et refroidie. L'amas des souvenirs se disperse à tout vent!
-7^>v Y " N'existons-nous donc plus ? Avons-nous eu notre heure ?
^-'^^^ A à- T?ion n/i 1q rA-nrlra-f-il à nnï prie çnnf»T~flnc; ?
Rien ne la rendra-t-il à nos cris superflus
K/CJ I -'^i^ L'air joue avec la branche au moment où je pleure ;
la maison me regarde et ne me connaît plus.
« D'autres vont maintenant passer où nous passâmes.
Nous y sommes venus, d'autres vont y venir ;
Et le songe qu'avaient ébauché nos deux âmes,
Ils le continueront sans pouvoir le finir ! i
« Car personne ici-bas ne termine et n'achève r $J >o
Les pires des humains sont comme les meilleurs. Nous nous réveillons tous au même endroit du rêve. Tout commence en ce monde et tout finit ailleurs.
« Oui, d'autres à leur tour viendront, couples sans tache. Puiser dans cet asile heureux, calme, enchanté, Tout ce que la nature à l'amour qui se cache Mêle de rêverie et de solennité !
LES EAYONS ET LES OMBRES — 13.j
« D'autres auront nos champs, nos sentiers, nos retraites. Ton bois, ma bien-aimée, est à des inconnus. D'autres femmes viendront, baigneuses indiscrètes. Troubler le flot sacré qu'ont touché tes pieds nus!
u Quoi donc ! c'est vainement qu'ici nous nous aimâmes ! Rien ne nous restera de ces coteaux fleuris Où nous fondions notre être en y mêlant nos flammes ! L'impassible nature a déjà tout repris.
« Oh ! dites-moi, ravins, frais ruisseaux, treilles mûres, i Rameaux chargés de nids, grottes, forêts, buissons. Est-ce que vous ferez pour d'autres vos murmures ? Est-ce que vous direz à d'autres vos chansons ?
« Nous vous comprenions tant ! doux, attentifs, austères. Tous nos échos s'ouvraient si bien à votre voix ! Et nous prêtions si bien, sans troubler vos mystères, L'oreille aux mots profonds que vous dites parfois !
« Répondez, vallon pur, répondez, solitude,
O nature abritée en ce désert si beau.
Lorsque nous dormirons tous deux dans l'attitude
Que donne aux morts pensifs la forme du tombeau,
« Est-ce que vous serez à ce point insensible De nous savoir couchés, morts avec nos amours. Et de continuer votre fête paisible, Et de toujours sourire et de chanter toujours ?
« Est-ce que, nous sentant errer dans vos retraites, Fantômes reconnus par vos monts et vos bois. Vous ne nous direz pas de ces choses secrètes Qu'on dit en revoyant des amis d'autrefois ?
« Est-ce que vous pourriez, sans tristesse et sans plainte, Voir nos ombres flotter où marchèrent nos pas. Et la voir m'entraîner, dans une morne étreinte, Vers quelque source en pleurs qui sanglote tout bas ?
« Et s'il est quelque part, dans l'ombre où rien ne veille, Deux amants sous vos fleurs abritant leurs transports, Ne leur irez-vous pas murmurer à l'oreille : — Vous qui vivez, donnez une pensée aux morts. —
« Dieu nous prête un moment les prés et les fontaines, Les grands bois frissonnants, les rocs profonds et sourds, Et les cieux azurés, et les lacs et les plaines, Pour y mettre nos cœurs, nos rêves, nos amours ;
a Puis il nous les retire. Il souffle notre flamme. Il plonge dans la nuit l'antre où nous rayonnons ; Et dit à la vallée, où s'imprima notre âme, D'effacer notre trace et d'oublier nos noms.
« Eh bien ! oubliez-nous, maison, jardin, ombrages ! Herbe, use notre seuil ! ronce, cache nos pas ! Chantez, oiseaux ! ruisseaux, coulez ! croissez, feuillages !. Ceux que vous oubhez ne vous oubHeront pas.
« Car vous êtes pour nous l'ombre de l'amour même ! Vous êtes l'oasis qu'on rencontre en chemin ! Vous êtes, ô vallon, la retraite suprême Où nous avons pleuré, nous tenant par la main !
a Toutes les passions s'éloignent avec l'âge, L'une emportant son masque et l'autre son couteau. Comme un essaim chantant d'histrions en voyage Dont le groupe décroît derrière le coteau.
« >Iais toi, rien ne t'efface, amour ! toi qui nous charmes, Toi qui, torche ou flambeau, luis dans notre brouillard ! Tu nous tiens par la joie, et surtout par les larmes ; W^ Jeune homme on te maudit, on t'adore vieillard. —
Octobre 1837.