X. Nox, « la Nuit
Gouffre où l'air joue, où l'esquif sombre. Pourquoi me parles-tu dans l'ombre?
O sombre mer, que me veux-tu?
Tu n'y peux rien ! Ronge tes digues, Epands l'onde que tu prodigues, Laisse-moi souffrir et rêver ; Toutes les eaux de ton abîme, Hélas ! passeraient sur ce crime ', O vaste mer, sans le laver !
Je comprends, tu veux m'en distraire ; Tu me dis : — Calme-toi, mon frère, Calme-toi, penseur orageux ! — Mais toi-même alors, mer profonde.
Calme ton flot puissant qui gronde, Toujours amer, jamais fangeux !
Tu crois en ton pouvoir suprême.
Toi qu'on admire, toi qu'on aime, Toi qui ressembles au destin.
Toi que les cieux ont azurée, Toi qui dans ton onde sacrée Laves l'étoile du matin !
Tu me dis : — Viens, contemple, oublie ! Tu me montres le mât qui plie.
Les blocs verdis, les caps croulants.
L'écume au loin dans les décombres S'abattant sur les rochers sombres Comme une troupe d'oiseaux blancs,
La pêcheuse aux pieds nus qui chante.
L'eau bleue où fuit la nef penchante, Le marin, rude laboureur.
Les hautes vagues en démence ; Tu me montres ta grâce immense Mêlée à ton immense horreur ;
Tu me dis : — Donne-moi ton âme; Proscrit, éteins en moi ta flamme ; Marcheur, jette aux flots ton bâton ;