I. Le coup d'Etat du 2 décembre 185 z
LES CHATWENTS — UO
Tourne vers moi ta vue ingrate. —
Tu me dis : — J'endormais Socrate ! —
Tu me dis : — J'ai calmé Caton ! —
Non ! respecte l'âpre pensée,
L'âme du juste courroucée,
L'esprit qui songe aux noirs forfaits !
Parle aux vieux rochers, tes conquêtes,
Et laisse en repos mes tempêtes !
D'ailleurs, mer sombre, je te hais !
O mer ! n'est-ce pas toi, servante, Qui traînes sur ton eau mouvante, Parmi les vents et les écueils, Vers Cayenne aux fosses profondes.
Ces noirs pontons qui sur tes ondes Passent comme de grands cercueils!
N'est-ce pas toi qui les emportes Vers le sépulcre ouvrant ses portes, Tous nos martyrs au front serein, Dans la cale où manque la paille.
Où les canons pleins de mitraille, Béants, passent leur cou d'airain !
Et s'ils pleurent, si les tortures Font fléchir ces hautes natures.
N'est-ce pas toi, gouffre exécré, Qui te mêles à leur suppUce, Et qui, de ta rumeur compUce, Couvres leur cri désespéré !
Jersey, 16-22 novembre 1852,