VICTOR HUGO. A JERSEY
Musée Victor-Hugo.
EaU-FORTK d"aGLACS BOUVliNNK, I. A P R I- UNE PHOTOGRAPHIE DE C H A R L i: S HUGO
VICTOR HUGO — POKSIB.
Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans la bouche, Calme, le deuil au cœur, dédaignant le troupeau, Je vous embrasserai dans mon exil farouche, Patrie, ô mon autel ! Liberté, mon drapeau !
Mes nobles compagnons, je garde votre culte ; Bannis, la République est là qui nous unit. J'attacherai la gloire à tout ce qu'on insulte ; Je jetterai l'opprobre à tout ce qu'on bénit !
^Je serai, sous le sac de cendre qui me couvre, La voix qui dit : malheur! la bouche qui dit : non 1 Tandis que tes valets te montreront ton Louvre, Moi, je te montrerai, césar, ton cabanon. io^^jUj'*^^''''^
Devant les trahisons et les têtes courbées, Je croiserai les bras, indigné, mais serein. Sombre fidélité pour les choses tombées. Sois ma force et ma joie et mon pilier d'airain !
Oui, tant qu'il sera là, qu'on cède ou qu'on persiste, O France ! France aimée et qu'on pleure toujours. Je ne reverrai pas ta terre douce et triste. Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours !
Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente, France ! hors le devoir, hélas ! j'oublîrai tout. Parmi les éprouvés je planterai ma tente. Je resterai proscrit, voulant rester debout.
J'accepte l'âpre exil, n'eût-il ni fin ni terme, Sans chercher à savoir et sans considérer Si quelqu'un a phé qu'on aurait cru plus ferme, Et si plusieurs s'en vont qui devraient demeurer.
Si l'on n'est plus que mille, eh bien, j'en suis i Si même Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ; S'il en demeure dix, je serai le dixième ; Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là !
Jersey, 2 décembre 1852.
168 — LES CHATfMEXTS