‹ OEuvres choisies illustréesChapitre 89 sur 293 · LUX · texte numérisé non relu

LUX

TEMPS FUTURS ! vision sublime !

Les peuples sont hors de l'abîme.

Le désert morne est traversé.

Après les sables, la pelouse ; Et la terre est comme une épouse, Et l'homme est comme un fiancé !

Dès à présent l'œil qui s'élève

Voit distinctement ce beau rêve

Qui sera le réel un jour ;

Car Dieu dénoûra toute chaîne.

Car le passé s'appelle haine

Et l'avenir se nomme amour !

Au fond des cieux un point scintille.

Regardez, il grandit, il brille,

Il approche, énorme et vermeil.

O Répubhque universelle,

Tu n'es encor que l'étincelle.

Demain tu seras le soleil !

Fêtes dans les cités, fêtes dans les campagnes !

Les cieux n'ont plus d'enfers, les lois n'ont plus de bagnes.

Tout l'univers n'est plus qu'une famille unie. Le saint labeur de tous se fond en harmonie ; Et la société, qui d'hymnes retentit.

Accueille avec transport l'effort du plus petit ; L'ouvrage du plus humble au fond de sa chaumière Emeut l'immense peuple heureux dans la lumière ; Toute l'humanité, dans sa splendide ampleur, Sent le don que lui fait le moindre travailleur ; Ainsi les verts sapins, vainqueurs des avalanches. Les grands chênes, remplis de feuilles et de branches.

LES CHATIMENTS — lt>9

Les vieux cèdres touffus, plus durs que le granit, Quand la fauvette en mai vient y faire son nid. Tressaillent dans leur force et leur hauteur superbe. Tout joyeux qu'un oiseau leur apporte un brin d'herbe.

Radieux avenir ! essor universel !

Epanouissement de l'homme sous le ciel !

Les tyrans s'éteindront comme des météores. Et, comme s'il naissait de la nuit deux aurores

Dans le même ciel bleu, Nous vous verrons sortir de ce gouffre où nous sommes, i Mêlant vos deux rayons, fraternité des hommes, f

Paternité de Dieu !

Oui, je vous le déclare, oui, je vous le répète. Car le clairon redit ce que dit la trompette,

Tout sera paix et jour !

Liberté ! plus de serf et plus de prolétaire ! O sourire d'en haut ! ô du ciel pour la terre

Majestueux amour !

L'arbre saint du Progrès, autrefois chimérique, Croîtra, couvrant l'Europe et couvrant l'Amérique,

Sur le passé détruit, Et, laissant l'éther pur luire à travers ^s branches. Le jour, apparaîtra plein de colombes blanches,

Plein d'étoiles, la nuit.

Et nous qui serons morts, morts dans l'exil peut-être, Martyrs saignants, pendant que les hommes, sans maître,

Vivront, plus fiers, plus beaux.

Sous ce grand arbre, amour des cieux qu'il avoisine. Nous nous réveillerons pour baiser sa racine,

Au fond de nos tombeaux !

Jersey, r.3-2o décembre 1853.

^^-«■'^ /U' A w,^^ A yl^ ~^i. - ''^

170 — LES CONTEMPLATIÇNS /• A Xt(/V^i- ' '

Les Contemplatiofis ftirent publitei à Paris^ en deux volmes, intitulés . l'un : A utrefcns, Vautre : A'ujoûrïï'V.ii i.—' Autrefois, ce sont les pièces écrites^ par le poète avant la mort de sa fille Léopbldine qui,lë'4"sè'pteml>re ii43, se*woya dans la Seine, à Vtllequier, avec son mari Charles Vacquerie, frère d'Auguste Vacquerie. AujourcVhui, ce sont les pièces écrites de 184" au corn; mencement de 18:^6.— Les deux volumes réunis constituent le chef-a'œuvre hTnjTie lie Victor Hugo, et, on peîît le dire, de la poésie française. Les poésies ■Consacrées à la mémoire de Léopoldine forment, en effet, le plus beau poème de douleur puis de résignation paternelles que possède notre littérature ; et, si l'on a pu railler, âliTium-du bon-sens,-ieiTrisme apocalyptique de certaines pièces, Ibo, les Mages, Ce que dit la bouche d'ombre, inspirées au proscrit par . sa solitude et ses rêves de ■< penseur », de visionnaire, e"n'face de Foceân^^Uis n'en demeurent pas moins quelque chose de grandiose. C'est même en elles qu'éclatait l'essentielle nouveauté de l'ouvrage.

A UTREFOIS.

Page 1