‹ OEuvres choisies illustréesChapitre 94 sur 293 · IL FAUT QUE LE POÈTE · texte numérisé non relu

IL FAUT QUE LE POÈTE

IL FAUT que le poète, épris d'ombre et d'azur. Esprit doux et splendide, au rayonnement pur, Qui marche devant tous, éclairant ceux qui doutent. Chanteur mystérieux qu'en tressaillant écoutent Les femmes, les songeurs, les sages, les amants, Devienne formidable à de certains moments. Parfois lorsqu'on se met à rêver sur son Uvre, Où tout berce, éblouit, calme, caresse, enivre. Où l'âme à chaque pas trouve à faire son miel. Où les coins les plus noirs ont des lueurs du ciel. Au miheu de cette humble et haute poésie, Dans cette paix sacrée où croit la fleur choisie. Où l'on entend couler les sources et les pleurs. Où les strophes, oiseaux peints de mille couleurs, Volent chantant l'amour, l'espérance et la joie, Il faut que par instants on frissonne, et qu'on voie

Tout à coup, sombre, grave et terrible au passant Un vers fauve sortir de l'ombre en rugissant! Il faut que le poète aux semences fécondes Soit compie ces forêts vertes, fraîches, profondes. Pleines de chants, amour du vent et du rayon, Charmantes, où soudain l'on rencontre un lion.

Paris, mai 1842.

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