‹ Œuvres choisiesChapitre 11 sur 149 · XXVI GRESSET · texte numérisé non relu

XXVI GRESSET

célèbres, des hommes qui devaient leurs succès à leurs vices, et qui, faisant profession d'une perversité hardie, regardaient la probité et la vertu comme

une chimère ou un ridicule

Gresset n'a pas moins bien imité le frivole babil de la médisance étourdie, le jargon plaisamment sérieux de la fatuité, et tout ce que la corruption a mis au rang des bons principes et des beaux airs :

J'avais tout arrangé pour qu'il eût Cidalise;

Elle a pour la plupart formé nos jeunes gens.

J'ai demandé pour lui quelques mois de son temps, etc.

Ayez-la; c'est d'abord ce que vous lui devez; Et vous l'estimerez après , si vous pouvez. Du reste, affichez tout. Quelle erreur est la vôtre ! Ce n'est qu'en se vantant de l'une qu'on a l'autre.

Et une foule d'autres endroits semblables. C'est là proprement le vers de la comédie de mœurs, et personne dans ce siècle ne l'a mieux attrapé que Gresset.

11 était tout simple d'opposer au code de la méchanceté le langage du bon sens et la morale d'un bon cœur; mais ce contraste, supérieurement exécuté dans le rôle d'Ariste, distingue la comédie du Méchant. Ce rôle est le modèle de ceux où il fauf soutenir le ton sérieux et moral qui est entre deux excès, la froideur et la déclamation. C'est là d'ordinaire le double inconvénient de ces personnages que

GRESSET. XXVIl

dans la comédie on appelle des raisonneurs. Depuis le Cléante du Tartufe ^ qui a si bien différencié la véritable et la fausse dévotion, l'Ariste du Méchant est celui qui a le mieux fait parler la raison. Le style de la pièce dans cette partie n'est ni moins piquant ni moins parfait que dans les autres, et peut-être était encore plus difficile; car, dans un ouvrage où il ne faut jamais perdre de vue l'agrément , rien n'est si voisin de l'ennui que de prêcher la raison. Mais Gresset a su tour à tour l'assaisonner ou l'animer, la rendre agréable ou intéressante, au point que rien ne contribua plus à son succès que le rôle d'Ariste, surtout dans la grande scène du quatrième acte entre Valère et lui. L'avantage qu'il a sur un jeune homme qui ne fait que répéter les leçons de son maître Cléon n'était pas ce qu'il y avait de plus malafsé dans ce rôle, mais devant Cléon lui-même, qui est tout brillant d'esprit, il fallait plus d'art pour maintenir Ariste dans la supériorité qui convient ù la bonne cause, sans subordonner le personnage principal. C'est une loi bien remarquable dans le genre dramatique , que cette nécessité si essentielle de ne jamais abaisser le premier personnage, celui sur qui l'auteur appelle principalement l'attention. Quoi qu'il puisse avoir de vicieux, il ne doit jamais descendre du rang où l'ont placé les convenances théâtrales. Il peut, il doit être confondu dans ses projets, puni par ses propres fautes; mais en gêné-

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