ACTE V, SCÈNE IV. J y
JIc prisez-le à jamais, vous ne le craindrez pas.
V'i ulez-vous avec lui vous abaisser à feindre?
Vous l'honoreriez trop en paroissant le craindre,
0;ez l'apprécier : tous ces gens redoutés,
Fameux par les propos et par les faussetés,
Vus de près ne sont rien; et toute cette espèce
N'a de force sur nous que par notre foiblesse.
Des femmes sans esprit, sans grâce-, sans pudeur,
Des hommes décriés, sans talents, sans honneur.
Verront donc à jamais leurs noirceurs impunies.
Nous tiendront dans la crainte à force d'infamies,
Et se feront un nom d'une méchanceté
Sans qui l'on n'eût pas su qu'ils avoient existé!
Non ; il faut s'épargner tout égard, toute feinte;
Les braver sans foiblesse, et les nommer sans crainte.
Tôt ou tard la vertu, les grâces, les talents.
Sont vainqueurs des jaloux, et vengés des méchants.
F LO R ISE.
Mais songez qu'il peut nuire ii toute ma famille, Qu'il va tenir sur moi, sur Géronte et ma fille, Les plus affreux discours...
A RISTE .
Qu'il parle mal ou bien.
Il est déshonoré, ses discours ne sont rien; Il vient de couronner l'histoire de sa vie : Je vais mettre le comble à son ignominie En écrivant partout les détails odieux De la division qu'il semoit en ces lieux. Autant qu'il faut de soins, d'égards et de prudence Pour ne poirA accuser l'honneur et l'innocence.
Autant il faut d'ardeur, d'inflexibilité
Pour déférer un traiire à la société;
Et l'intérêt commun veut qu'on se réunisse
Pour flétrir un mécliant, pour en faire justice.
J'instruirai l'univers de sa mauvaise foi ,
Sans me cacher; je veux qu'il sache que c'est moi :
Un rapport clandestin n'est pas d'un honnête homme;
Quand j'accuse quelqu'un, je le dois, et me nomme.
Non; si vous m'en croyez, laissez-moi tout le soin De l'éloigner de nous sans éclat, sans témoin. Quelque peine que j'aie ii soutenir sa vue, Je veux l'entretenir, et dans cette entrevue Je vais lui faire entendre intelligiblement Qu'il est de trop ici : tout autre arrangement Ne réussiroit pas sur l'esprit de mon frère; Cléon plus que jamais a le don de lui plaire*, Ils ne se quittent plus, et Géronte prétend Qu'il doit à sa prudence un service important. Enfin, vous le voyez, vous avez eu beau dire Qu'on soupçonnoit Cléon d'une affreuse satire, Geroute ne croit rien : nul doute, nul soupçon N'a pu faire sur lui la moindre impression... Mais ils vi'ennent, je crois : sortons, je vais attendre Que Cléon soit tout ieiil.
ACTB V, SCfiNB V. 3GI