‹ Œuvres choisiesChapitre 141 sur 149 · GÉRONTE, CLÉON · texte numérisé non relu

GÉRONTE, CLÉON

GÉRONTE

Je ne veux rien entendre; Votre premier conseil est le seul qui soit bon Je n'oublierai jamais cette obligation.

Cessez de me parler pour ce petit Valère; Il ne sait ce qu'il veut, mais il sait me déplaire : Il refusoit tantôt, il consent maintenant. Moi, je n'ai qu'un avis, c'est un impertinent. Ma sœur sur son chapitre est, dit-on, revenue. Autre esprit inégal sans aucune tenue : Mais ils ont beau s'unir, je ne suis pas un sot; Un fou n'est pas mon fait, voilà mon dernier mot. Qu'ils en enragent tous, je n'en suis pas plus triste Que dites-vous aussi de ce bon homme Ariste ? Ma foi, mon vieux ami n'a plus le sens commun , Plein de piùventions, discoureur importun, Il veut que vous soyez l'auteur d'une satire Où je suis pour ma part; il vous fait même écrire Ma lettre de tantôt : vainement je lui dis Qu'elle étoit clairement d'un de vos ennemis, Puisqu'on vouloit donner des soupçons sur vous-même Rien n'y fait : il soutient son absurde système;

Soit dit confidemment, je crois qu'il est jaloux De tous tes sentiments qui m'attachent à vous.

CLÉON

Qu'il choisisse donc mieux les crimes qu'il me donne;

Car moi, je suis si loin d'écrire sur personne,

Que, sans autre sujet, j'ai renvoyé Frontin

Sur le simple soupçon qu'il étoit écrivain;

Il m'éloit revenu que dans des brouilleries

On l'avoit employé pour des tracasseries :

On peut nous imputer les fautes de nos gens,

Et je m'en suis défait de peur des accidents.

Je ne répondrois pas qu'il n'eût part au mystère

De l'écrit contre vous; et peut-être Valère,

Qui refusoit d'abord, et qui connoît Frontin

Depuis qu'il me connoît, s'est servi de sa main

Pour écrire à sa mère une lettre anonyme.

Au reste... il ne faut point que cela vous anime

Contre lui; ce soupçon peut n'être pas fondé.

GÉRONTE

Oh 1 vous êtes trop bon : je suis persuadé.

Par le ton qu'employoit ce petit agréable.

Qu'il est faux, méchant, noir, et qu'il est bien capable

Du mauvais procédé dont on veut vous noircir.

Qu'on vous accuse encore ! oh ! laissez les venir.

Puisque de leur présence on ne peut se défaii -

Je vais leur déclarer d'une façon très-claire

Que je romps tout accord; car, sans comparaison,

J'aime mieux vingt procès qu'un fat dans ma maison.

Page 1