CLÉON, FLORISE
CLÉON
Vous venez à propos : j'allois chez vous, madame... Mais quelle rêverie occupe donc votre âme? Ou'avez-vous? vos beaux yeux me semblent moins scroinsi Faite pour les plaisirs, auricz-vous des chagrins?
FLOniSE.
J'en ai de trop réels.
CLÉON
Dites-les-moi, de grâce; Je les partagerai , si je ne les efface. Vous connoissez...
FLORISE
J'ai fait bien des réflexions, Et je ne trouve pas que nous nous convenions.
CLÉON
Comment, belle Florise? et quel affreux caprice Vous force à me traiter avec tant d'injustice? Quelle étoit mon erreur! quand je vous adorois, Je me croyois aimé...
FLORISE
Je me l'imaginois; Biais je vois à présent que je me suis trompée : Par d'autres sentiments mon âme est occupée Des folles passions j'ai reconnu l'erreur, Et ma raison enfin a détrompé mon cœur.
CLÉON
Mais est-ce bien à moi que ce discours s'adresse?
A moi dont vous savez l'estime et la tendresse,
Qui voulois à jamais tout vous sacrifier,
Qui ne voyois que vous dans l'univers entier ?
Ne me confirmez pas l'arrêt que je redoute;
Tranquillisez mon cœur : vous l'éprouvez, sans doute?
FLORISE
Une autre vous auroit fait perdre votre temps, Ou vous amuseroit par l'air des sentiments ; Moi, qui ne suis point fausse...
CLEON, à genoux, et de l'air le plus affligé.
Et VOUS pouvez, cruelle,