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CHANT TROISIEME

Pour leurs désirs le jour trop tard naissoit, Des cieux trop tard le jour disparoissoil. Dans ces ennuis, l'espérance flatteuse, A nous tromper toujours ingénieuse, Leur promettoil un esprit cultivé, Un perroquet noblement élevé, Une voix tendre, honnête, édifiante.

Des sentiments, un mérite achevé :

Mais, ô douleur! ô vaine et fausse attente!

La nef arrive, et l'équipage en sort.

Une tourrière étoit assise au port :

Dès le départ de la première lettre Là chaque jour elle venoit se mettre ; Ses yeux, errant sur le lointain des flots, Sembloient hâter le vaisseau du héros.

En débarquant auprès de la béguine, L'oiseau madré la connut à la raine, A son œil prude ouvert en tapinois, A sa grand'coiCfe, à sa fine étamine, A ses gants blancs, à sa mourante voix, Et mieux encore à sa petite croix.

Il en frémit, et même il est croyable Qu'en militaire il la donnoit au diable; Trop mieux aimant suivre quelque dragon Dont il savoit le bachique jargon , Qu'aller apprendre encor les litanies, La révérence et les cérémonies.

Mais force fut au grivois dépité D'être conduit au gîte délesté.

Malgré ses cris, la tourièrc l'emporte : 11 la mordoit, dit-on. de bonne sorte,

VERT- VER r.

Chemin faisant; les uas disent au cou,

D'autres au bras; on ne sait pas bien où :

D'ailleurs, qu'importe? à la On, non sans peine,

Dans le couven' la béate l'emmène;

Elle l'annonœ. Avec grande rumeur

Le bruit en «■'ourt. Aux premières nouvelles

La cloche sonne : on étoit lors au chœur;

On quitte tout, on court, on a des ailes :

« C'est lui, ma sœur! il est au grand parloir! »

On vole en foule, on grille de le voir;

Les vieilles même, au marcher symétrique,

Des ans tardifs ont oublié le poids :

Tout rajeunit; et la mère Angélique

Courut alors pour la première fois.

CHiiF«r QUATRIÈME. 23

On voit enûn, on ne peut se repaître Assez les yeux des beautés de l'oiseau : C'étoit raison, car le fripon, pour être Moins bon garçon, n'en éloit pas moins beau : Cet œil guerrier et cet air petit- maître Lui prôtoiont même un agrément nouveau.

Faut-il, grand Dieu ! que sur le front d'un traître Brillent ainsi les plu? tendres attraits! Que ne peut-on distmguer et connoilre Les cœurs pervers à Ce difformes traits! Pour admirer les charmes qu'il rassemb'c, Toutes les sœurs parlent toutes ensemble : En entendant cet essaim bourdonner.

On eût à peine entendu Dieu tonner.

Lui cependant, parmi tout ce vacarme, Sans daigiier Cire un mot de piété, Rouloit les yeux d'un air de jeune c.irrae. Premier grief : cet air trop effronté

VERT-VERT

Fut un scandale à la communauté.

En second lieu, quand la mère prieure

D'un air augus'e, en fille intérieure^

Voulut parler à l'oiseau libertin ,

Pour premiers mots, et pour toute réponse.

Nonchalamment, et d'un air de dédain,

Sans bien songer aux horreurs qu'il prononce,

ftlon gars répond avec un ton faquin :

« Par la corblcu ! que les nonnes sont folies I »

L'histoire dit qu'il avoit en cliemin

D'un de la troupe entendu ces paroles.

A ce début la sœur Saint-Augustin,

D'un air sucré, voulant le faire taire

En lui disant : « Fi donc, mon très-cher f.-èrc 1 »

Le très-cher frère, indocile et mutin,

Vous la rima très-richement en tain.

« Vive Jésus ! il est sorcier, ma mère!

Pieprend la sœur. Juste Dieu! quel coquin!

Quoi! c'est donc là ce perroquet divin? »

Ici Vert-Vert, en vrai gibier de tircve,

L'apostropha d'un la pesle le crève!

Chacune vint pour brider le caquet

Du grenadier; chacune eut son paquet :

Turlupinant les jeunes précieuses,

Il imitoit leur courroux babillard;

Plus déchaîné sur les vieilles grondeuses,

Il bafouoit leur sermon nasillard.

Ce fut bien pis quand, d'un ton de corsaire, Las, excédé de leurs fades propos, lîouffi de rage, écumant de colère, Il entonna tous les horribles muta

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