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CHANT TROISIEME

L\ môme nef, légers et vogabonJe, Qui voiiuroil le saint oiseau sur l'onde, Porloit aussi deux nymphes, tiois dragons, Une nourrice, un moine, deux Gascons :

Pour un enfant qui sort du monastère C'étoit échoir en dignes compagnons!

Aussi Vert- Vert, ignorant leurs façons, Se trou\a là comme en terre étrangère : r^ouvelle langue et nouvelles leçons.

L'oiseau surpris n'entendoit point leur stylo; Ce n'étoit plus paroles d'Évangile; Ce n'etoient plus ces pieux entretiens, Ces traits de bible et d'oraisons mentales, Qu'il entendoit chez nos douces vesLales; IJais de gros mots, et non des plus chrétiens : Cor les dragons, race assez peu dévote. Ne parloient là que langue de gargote;

18 VERT-VERT

Charma'.it au 'aueux les ennuis du cliemin, Ils ne fètoient que le patron du vin ; Puis les Gascons et les trois péronnelles Y concertoient sur des tons de ruelles ; De leur côté, les bateliers juroient, Piimoient en dieu, blasphémoient, et sacroient Leur voix, stylée aux tons mâles et fermes, Articuloit sans rien perdre des termes.

Dans le fracas, confus, embarrassé.

Vert- Vert gardoit un silence forcé; Triste, timide, il n'osoit se produire, Et ne savoit que penser et que dire.

Pendant la route on voulut par faveur Faire causer le perroquet rêveur.

Frère Lubin d'un ton peu monastique Interrogea le beau mélancolique :

L'oiseau bénin prend son air de douceur, Et, vous poussant un soupir méthodique, D'un ton pédant répond : Ave, ma sœur. A cet Ave jugez si l'on dut rire; Tous en chorus bernent le pauvre sire.

Ainsi berné, le novice interdit Comprit en soi qu'il n'avoit pas bien dit, Et qu'il seroit malmené des commères S'il ne parloit la langue des confrères : Son cœur, né fier, et qui jusqu'à ce temps Avoit été nourri d'un doux encens, Ne put garder sa modeste constance Dans cet assaut de mépris flétrissants.

A cet instant, en perdant patience, Vert-Vert perdit sa crémière innocence.

c'HANT TROISIÈME. 19

Dès lors ingrat, en soi-même il maudit

Les chères sœurs, ses preuiières maîtresses,

Qui n'avoicnt pas su mettre en son esprit

Du beau François les brillantes finesses,

Les sons nerveux et les délicatesses.

A les apprendre il met donc tous ses soins,

Parlant très-peu , mais n'en pensant pas moins

D'abord l'oiseau, comme il n'étoit pas bête,

Pour faire place à de nouveaux discours,

Vit qu'il devoit oublier pour toujours

Tous les gaudés qui farcissoient sa tête :

Ils furent tous oubliés en deux jours;

Tant il trouva la langue à la dragonne

Plus du bel air que les termes de nonne!

En moins de rien l'éloquent animal

(Hélas! jeunesse apprend trop bien le mal !)

L'animal, dis-je, éloquent et docile,

En moins de rien fut rudement habile :

Bien vite il sut jurer et maugréer

Mieux qu'un vieux diable au fond d'un bénitier;

Il démentit les célèbres maximes

Où nous lisons qu'on ne vient aux grands crimes

Que par degrés; il fut un scélérat

Profès d'abord, et sans noviciat.

Trop bien sut-il graver en sa mémoire

Tout l'alphabet des bateliers de Loire;

Dès qu'un d'iceux, dans quelque vertigo,

Lâchoit un mor... Vert- Vert faisoit l'écho.

Lors applaudi par la bande susdite.

Fier et content de son petit mérite,

Il n'aima plus que le honteux honneur

VERT-VERT

De savoir plaire au monde suborneur; Et dégradant son généreux organe , Il ne fut plus qu'un orateur profane.

Faut-il qu'ainsi l'exemple séducteur Du ciel au diable emporte un jeune cœur!

Pendant ces jours, durant ces tri.-tcs scènes, Que faisiez-vous dans vos cloîtres déserts, Chastes Iris du couvent de Nevers?

Sans doute, bêlas 1 vous faisiez des neuvaines Pour le retour du plus grand des ingrats, Pour un volage indigne de vos peines, Et qui, soumis à de nouvelles chaînes, De vos amours ne faisoit plus de cas.

Sans doute alors l'accès du monastère ttoit d'ennuis tristement obsédé, La grille étoit dans un deuil solitaire, Et le silence étoit presque gardé.

Cessez vos vœux : Vert-Yert n'en est plus digne; Vert- Vert n'est plus cet oiseau révérend. Ce perroquet d'une humeur si bénigne, Ce cœur si pur, cet esprit si fervent : Vous le dirai-je? il n'est plus qu'un brigand. Lâche apostat, blaspl;émateur insigne.

Les vents légers et les nymphes des eaux Ont moissonné le fruit de vos travaux.

Ne vantez point sa science infinie; Sans la vertu que vaut un grand génie? N'y pensez plus : l'infâme a sans pudeur Prostitué ses talents et son cœur.

Déjà pourtant on approche de Nantes, Oiî languissoient nos sœurs impatientes;

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