CHANT QUATRIÈME. S
Qui peut narrer combien l'illustre mort Fut regretté! La sœur dépositaire En composa la lettre circulaire D'oîi j'ai tiré l'histoire de son sort. Pour le garder à la race future, Son portrait fut tiré d'ajirè.-; nature. Plus d'une main, conduite par l'amour, Sut lui donner une seconde vie Par les couleurs et par la broderie ; Et la Douleur, travaillant à son tour, Peignit, broda des larmes à l'entour.
On lui rendit tous les honneurs funèbres Que l'Hélicon rend aux oiseaux célèbres. Au pied d'un myrte on plaça le tombeau Qui couvre enror le Mausole nouveau :
Là, par la main des tendres ArtcmiseSy En lettres d'or ces rimes furent mises Sur un porpiiyre environné de fleurs; En les lisant on sent naître ses pleurs :
« Novices, qui venez causer dans ces bocages
« A l'insu de nos graves sœurs, « Un instant, s'il se peut, suspendez vos ramages;
« Apprenez nos malheurs.
« Vous vous taisez : si c'est trop vous contraindre,
« Parlez, mais parlez pour nous plaindre; « Un m.ot vous instruira de nos tendres douleurs: a Ci-gil Vert- Vert, ci-giscnt tous les cœurd-
On dit pourtant (pour ternr.iner ma glose En peu de mots) que l'ombre de l'oieau
VERT-VERT
Ne loge plus dans le susdit tombeau ; Que son esp'-if. dans les nonnes repose, Et qu'en tout temps, par la métempsycose. De sœurs en sœurs l'immortel perroquet Transportera son âmj cL son caqucl.
CAREME IMPROMPTU.
Sous un ciel toujours rigoureux, Au sein des flots impétueux.
Non loin de l'armorique plage , Il est une ile, affreux rivage, Habitacle marécageux , Moitié peuplé, moitié sauvage, Dont les habitants malheureux, Séparés du reste du monde , Semblent ne connoltre que l'onde Et n'être connus que des cieux.
Des nouvelles de la nature Viennent rarement sur ces bords , On n'y sait que par aventure Et par de très tardifs rapports, Ce qui se passe sur la terre, Qui fait la paix, qui fait la guerre, Qui sont les vivants et les moits.
S2 LE CARKME IMPROMPTU.
De cette étrange résidence Le curé, sans trop d'embarras.
Enseveli dans l'indolence D'une héréditaire ignorance, Vit de baptême Pt de trépas, Et d'offices qu'il n'entend pas.
Parmi les notables de l'île 11 est regardé comme habile Quand il peut dire quelquefois Le mois de l'an, le jour du mois.
On va penser que j'exagère, Et que j'outre le caractère :
« Quelle apparence? dira-t-on, « Quelle île assez abandonnée R Ignore le temps de l'année?
« Non, ce trait ne peut être dod « Que dans une île imaginée « Par le fabuleux Robinson. »
De grâce, censeur incrédule.
Ne jugez point sur ce soupt.on.
Un fait narré sans fiction Va vous enlever ce scrupule .
Il porte la conviction; Je n'y mettrai que la façon.
Le curé de l'île susdite, Vieux papa, bon Israélite (N'importe qu.md advint le cas), N'avoit point avant les étrennes Fait apporter de nos climats De guide-ânes ni d'almanachs, Pf>iir le guider dans ses antiennes,
Là CrhÊMB iMyrtOMPTU. 83
Et régler ses petits états.
Il reconnut sa négligence;
Mais trop tard vint la prévoyance.
La saison ne permettoit pas De faire voile vers la France :
Abandonnée aux noirs frimas, La mer n'étoit plus praticable, Et l'on n'espéroit les bons vents Qui rendent l'onde navigable, Et le continent abordable, Qu'à la naissance du printemps.
Pendant ces trois mois de tempête Que faire sans calendrier?
Comment placer les jours de fête?
Comment les différencier?
Dans une pareille méprise Quelque autre curé plus savant N'auroit pu régir son église, Et peut-être dévotement.
Bravant les fougues de la bise, Se seroit livré sans remise Aux périls du moite élément; Mais, pour une telle imprudence, Doué d'un trop bon jugement, Notre bon prêtre assurément Chérissoit trop son existence.
C'é!oit d'ailleurs un vieux routier.
Oui, s'étant fait une habitude Des fonctions de son métier, OfTicioit Siins trop d'étude.
Et qui. d.ins sa (lécrét)itude.
34 La CAftÊMS IMPROMPTU.
Dégoisoit psaumes et leçons Sans y faire tant de façons.
Prenant donc son parti sans peine, Il annonce le premier mois, Et recommande par trois fois A son assistance chrétienne De ne point finir la semaine Sans chômer la fête des Rois.
Ces premiers points éf oient faciles; Il ne trouva de l'embarras Qu'en pensant qu'il ne sauroit pas Oîi ranger les fêtes mobiles.
Qu'y faire enfin? Peu scrupuleux, II décida, ne pouvant mieux, Que ces fêtes, comme ignorées, Ne seroient chez lui célébrées Que quand, au retour du zéphyr, Lui-même il auroit pu venir Prendre langue dans nos contrées.
Il crut cet avis selon Dieu :
Ce fut celui de son vicaire.
De Javotte sa ménagère.
Et de son magister Mathieu, La plus fc^te tête du lieu.
Ceci posé, janvier se passe; Plus agile encor dans son cours.
Février fuit, mars le remplace, Et l'aquilon régnoit toujours :
Dn printemps avec patience Attendant le prochain retour, Et sur l'annuelle abstinence