‹ Œuvres choisiesChapitre 37 sur 149 · IM ÉPURE ONZIÈME · texte numérisé non relu

IM ÉPURE ONZIÈME

De quelle vile servitude Tu subis la fatalité!

Un obscur et pesant reptile, Un être platement tondu, Simulacre ignare, imbécile, De la terre poids inutile, Un moine, le portrait est vu.

Un moine va se voir ton maiirci Et cet épais et lourd cafard Qu'ébaucha le ciel au hasard Pour végéter, ronfler, et paître.

Grâce à la faveur du destin Et d'une authentique patente De cent mille livres de rente, Va devenir le souverain !

Dans ce char que suivoient ses pères L'âne mitre va .'>e montrer, •; Et régner sur ces mêmes terres

Qu'il étoit né pour labourer !

0 vous, défuntes seisneuries, Vous, preux barons à courts manteaux.

Hauts justiciers, grands sénéchaux, Des antiques chevaleries Vieux châtelains, mânes dévots, Dont j'aperçois ies armoiries Sur les débris de ces châteaux, Oîi de gros moines en repos, Munis de vos chartes moisies, Broutent et boivent sur vos os, Sans prier pour vos effigies, Bons seigneurs, que vous étiez sots!

Vous avez cru de vos largesses

Doter l'Honneur, la Piété ,

Et laisser avec vos richesses

Des pères à la Pauvreté ;

Que le Dieu juste récompense

Vos benoîtes intentions !

Mais que l'avare et basse engeance

Ou'cngraissent vos fondations

t bien trompé votre espérance 1

Oh! quel peuple avez-vous rente?

L'hypocrite Perversité,

La lubrique Fainéantise,

La c'.upide Imbécillité,

L'Avarice, la Dureté,

La Chicane, la Fausseté,

Tous les travers de la Bêtise,

Et tous les vices qu'éternise

L'impure et brute Oisiveté.

Ces repaires de la Paresse,

Ces gouffres creusés par vos mains,

C'est la que s'abîment sans cesse

Les richesses des lieux voisins;

C'est pour ces massives statues.

C'est pour ce peuple de sangsues

Que le laboureur vertueux,

Accablé d'ans et damerlume.

Avec des enfants malheureux

Veille, travaille, se consume

Dès que l'aube éclaire les cieux.

Ainsi, par des lois déplorables,

La douloureuse pauvreté

158 ÈPIIUE ONZIÈME.

De tant de mortels respectables Enrichit l'inutilité De CCS fainéants méprisables, La fange de l'humanité !

Tels ces cadavres homicides, Ces vampires, de sang avides Des vivants éternels bourreaux, Par les secours d'un art impie Desséchant les sucs de la vie Dans des corps livrés au repos, S'engraissent au fond des tombeaux !

0 ma chère patrie ! ô France !

Toi chez qui tant d'augustes lois De tes sages et de tes rois Immortalisent la prudence, Comment laisses-tu si longtemps Ravir ta plus pure substance Par ces insectes dévorants Que peut écmser ta puissance, Et dont l'inutile existence Revient t'arracher tous les ans Les moissons de tes plus beaux champs Et des biens dont la jouissance Devoit être la récompense De tes véritables cnHints ?

Quels contrastes, dont ta sagesse Pourroit affranchir tes États I Je vois en proie h la paresse Ce que le travail n'obtient pas.

Ce guerrier, qui dès sa jeunesse T'immola ses biens, son repos,

Chargé du poids de sa tristesse Et d'une indigente noblesse, Après soixante ans de travaux Traîne sa pénible vieillesse :

Ces esprits faits pour t'illustrcr, Pour le plaire, et pour t'éclairer Tous ces sages dont la lumière Va dans les autres nations Augmenter ta gloire première, Souvent dans toute leur carrière Négligés, privés de les dons, îlcurent méconnus de leur mère.

Au sein d'un champ infiuctueux, Sans soulagement, sans salaire, Ce prêtre pauvre et vertueux, Environné de la misère, Triste pasicur des malheureux Qu'il édifie et qu'il éclaire.

Les console, et souffre plus qu'eux.

C'est sur ces hommes nécessaires Que tes bienfaits sont invoqués; Qu'à changer leurs destins contraires De tant d'avortons solitaires Les biens oisifs soient appliqués; De l'abîme des monastères Qu'à ta voix ils soient évoqués; Et renvoie au soc de leurs pères Tant de laboureurs enfroqués.

Tes arts divers te redemandent Tant d'hommes mis au rang des morts; Tes droit>, les besoins les attendent

Sous tes drapeaux et dans tes ports.

La postérité gémissante Un jour regrettera ces biens; Et l'humanité languissante, Perdant des pères, des soutiens, A ces gouffres qui t'ap[)auvrissent, Des races qui s'anéantissent Redemande les citoyens.

Contemple tes champs et tes villes; Vois tes pertes et ton erreur.

Autour de ces riches asiles Où cet avare possesseur, Ce moine absorbe avec hauteur Tous les fruits de ces bords fertiles, Que d'hommes qui seroient uiilcs A ta richesse, à ta grandeur, Maudissant leurs efforts stériles.

Dépérissent dans la douleur!

Ils craignent le titre de père.

N'ayant à laisser que des pleurs Aux héritiers de leurs malheurs; Ils le privent dans leur misère D'un peuple de cultivateurs, De tes biens le plus nécessaire.

Ami, je devine aisément Que, pour dérider la morale De ce sérieux argument, Ta me réponds en ce moment Que , sans le sceau du sacrement Et de la couche nuptiale, A VÈUl crdinairemcnt

On voit l'espèce monacale Fournir aussi son contingent :

Je le sais; mais, dis-moi toi-même.

Que servent au bien de l'État Ces fruits impurs du célibat Nés dans l'opprobre et l'anallième?

Quels sont les monuments honteux De tous ces sacrés adultères?

Des fils plus vils, plus paresseux, Et plus abrutis que leurs pères.

A l'aspect de leurs biens nombreux, Si l'on pouvoit sans injustice

Se consoler de voir c(S lieux

Livrés par nos simples aïeux

A l'héréditaire avarice

De ces possesseurs odieux.

On seroit consolé sans doute

De les voir vivre sans jouir.

Sans sentiment et sans plaisir :

Tout s'anéantit sur leur route;

Sous leurs mains tout vient se flétrir.

En vain ces asiles champêtres

Ne demandent qu'à s'embellir,

Leur sauvage état peint leurs maîtres.

Ah! que dans ces lieux enchantés,

Mais où les pas de l'Ignorance

Sont imprimés de tous côtés.

Le Goût, l'heureuse Intelligence

Pourroient ajouter de beautés !

La Nature sur ces rivages

Répandant ses dons au hasard

IW ÉPITRK ONZIÈME.

Y semble encore inviter l'Art A la servir dans ses ouvrages.

A travers ces vastes forêts, Quelle scène, quelle étendue, Si de tous ces chênes épais Qui vont se perdre dans la nue Perçant, divisant les sommets, On laissoit errer notre vue!

Vingt sources des plus vives eaux Qui descendent de ces montagnes Jailliroient au sein des campagnes.

Si par de faciles canaux L'art en rassembloil les ruisseaux :

En desséchant ces marécages D'où sortent d'épaisses vapeurs, Un gazon couronné de fleurs Enrichiroit ces pâturages, Et d'un air sain et sans nuages Tout respireroit les douceurs.

Mais, grâce à l'âme avare et dura De ces possesseurs abrutis, Les plus beaux dons de la nature Sont dégradés, anéantis, Partout où gît leur race obscure.

Pour l'honneur de l'humanité.

Malgré cet empire durable Des erreurs que l'antiquité IMarque de son sceau vénérable.

J'ose croire qu'un temps viendra Où tant de richesses oisives.

Que !e monatrisme enterra,

Cesseront de rester captives, Et qu'on reverra de ces biens Couler enfin les sources vives Sur les utiles citoyens.

0 toi, l'arbitre de mes rimes, A.mi d'Homère et de Platon, De ces lumineuses maximes Tu ne peux qu'approuver le ton :

Un bigot y verra des crimes Tu n'y verras que la raison.

Tu sais qu'à la religion Toujours sincèrement fidèle.

Rempli de respect et de zèle, Je briserois tous mes pinceaux Plutôt que d'offrir des tableaux Indignes de l'honneur et d'elle.

Eh ! qu'ai-je en effet prétendu?

Je n'attaque point les asiles Oij le Savoir et la Vertu Ont réuni leurs domiciles.

Que l'intérêt de l'univers.

Que l'estime de tous les âges, Conservent dans leurs avantages Ces établissements divers A qui la patrie illustrée Doit Bourdaloue et Massillon, Calmet, Sanlecque, Mabillon, Malbranclie, Vanière, etPorco, C'est de ces temples permanents, Dépôts sacrés et vénérables.

Que toujours les doctes talents,

Les sciences, les monuments,

Les lumières inaltérables,

El quelquefois les dons brillants

Du génie et des arts aimables

Se transmettront à tous les temps;

Qu'ils vivent! qu'au bien de la Franco

Concourant sans division,

Ils mettent tous d'intelligencs

Une barrière à l'ignorance,

Un frein à l'irréligion !

Mais pour toutes ces abbayes,

Ces ruineuses colonies,

Que sous les belgiques climats

Nous rencontrons à chaque pas,

Gouffre où des êtres inutiles

Entassent de leurs mains stériles

Tant de biens qui n'en sortent pas;

Quand verrai-je une loi nouvelle,

Appliquant mieux leur revenu,

En ordonner sur le modèle

D'un apologue que j'ai lu ?

Dans je ne sais quelle contrée, Au temps du monde encor païen.

Un peuple (le nom n'y fait rien).

Voyant diminuer son bien Par une disgrâce ignorée, D'un dieu de la voûte azurée Un jour réclama le soutien.

En vain l'active vigilance, Tous les travaux et tous les art3 Avoient fout fait d'intelligence

Pour ramener de toutes parts Et le commerce et l'abondance; L'or disparoissoit tous les jours, Et dépouillé de ce secours, Le nerf et l'âme de la vie, L'oisif artisan languissoit ; L'indigente et triste patrie Ne pouvant gager l'industrie, Tout commet ce s'affoiblissoit; L'État épuisé périssoit.

Le dieu, touché de leur misère, Et voulant du commun repos Écarter les secrets fléaux.

Descend du ciel à leur prière :

11 s'ouvre les secrets chemins D'une caverne souterraine Échappée aux yeux des humains, Et dont la profondeur le mène.

Par mille détours ambigus, Au centre du vaste domaine Des enfants de Sabasius* , Là, grâce à d'antiques ténèbres.

Des Gnomes en lambeaux funèbres Sont couchés sur des monceaux d'or, Occupés, enivrés sans cesse Du sot aspect d'un vain trésor.

Puissants et fiers dans leur bassesse, Et, par un stupide plaisir, Privant l'homme de la richesse

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