‹ Œuvres choisiesChapitre 6 sur 149 · XIV GRESSET · texte numérisé non relu

XIV GRESSET

succès le conduisirent au point de lui faire entreprendre une tragédie : il n'y a veine en lui qui tende au tragique. Edouard III est un roman sans vraisemblance, sans intérêt, sans aucune entente du théâtre. On ne sait ce que c'est qu'une Alzonde, reine d'Ecosse, cachée et inconnue à la cour du roi d'Angleterre, où elle conspire contre lui : cela pourrait se supposer dans une ancienne cour d'Asie; à Londres, cela n'est qu'absurde. Rien n'est plus froid que l'amour d'Edouard pour la fille de son ministre Vorcestre, qui s'obstine à la lui refuser, sans qu'on sache trop pourquoi. Et ce Vorcestre, le principal personnage de la pièce, puisque son danger en fait tout l'intérêt, est un philosophe anglais, un moraliste dissertateur, c'est-à-dire ce qu'il y a de moins théâtral. Edouard , grand dans l'histoire, joue pendant cinq actes le rôle le plus plat, celui d'un roi dupe de tout ce qui l'entoure. Un traité sur le suicide, qui remplit la principale scène du quatrième acte, n'est pas plus tragique que le reste. C'est pourtant là qu'on trouve quelques endroits assez bien écrits, et qui ont une certaine force d'idées et d'expression, mais qui est celle d'une épître philosophique, et nullement celle de la tragédie. Le dénoûment où Eugénie est empoisonnée par Alzonde , n'est qu'une très-maladroite copie du beau dénoûment d'Inès; attendu que personne n'a pu s'intéresser aux amours d'Edouard et d'Eugénie,

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