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GRESSET. XV

au lieu qu'on s'intéresse beaucoup à ceux d'Inès et de D. Pèdre. Le style ne manque pas d'une sorte de noblesse; mais il est sec et glacé, coupé et sentencieux, souvent incorrect et vague. Ce roman dramatique, où tout est forcé, eut pourtant du succès dans sa nouveauté. Il en fut redevable à une espèce d'engouement qui commençait à naître pour tout ce qui avait la couleur anglaise, et qui fit réussir dans le même temps Venise sauvée, aussi oubliée aujourd'hui qu'Edouard III ; mais surtout à la nouveauté d'un coup de théâtre, le premier en ce genre qu'on eût hasardé, et qui fut très-applaudi : c'est le coup de poignard dont Arondel frappe sur la scène un scélérat nommé Volfax, le complice de cette Alzonde , et l'ennemi de Vorcestre. Il y avait de la hardiesse dans ce moyen ; et si les ressorts da l'intrigue eussent été meilleurs, un homme qui, dans une cour où il est encore inconnu, poignarde un coupable, et se remet tranquillement entre les mains des gardes, prêt à rendre compte de ce qu'il vient de faire, pourrait produire un grand effet. Mais de la manière dont tout est disposé , il n'en résulte rien qu'un éclaircissement facile que tout le monde a prévu; et, au lieu que ce coup de théâtre, placé dans un troisième acte et dans un bon plan, pourrait nouer très-fortement l'intrigue, il n'a lieu ici, à la fin du quatrième, que pour la dénouer tout de suite, comme Alexandre coupa le nœud gordien; et

XVI ORESSET.

ce n'est pas ainsi qu'il faut couper le nœud d'un drame.

Vers la fin de sa vie, Gresset, qui vivait depuis trente ans dans l'oubli des Muses, dans l'exercice des devoirs de la religion et dans les jouissances tranquilles de l'amitié et de la société, se laissa tirer du fond de sa retraite d'Amiens pour venir à Paris, sur le brillant théâtre de l'Académie française , qui attirait alors tous les yeux.

Il venait répondre, comme directeur choisi parle sort, à un nouveau membre de la compagnie : il aurait pu s'en dispenser, et céda mal à propos à une tentation dangereuse, celle de rajeunir une vieille réputation, dont lui-même semblait depuis si longtemps fort peu occupé.

Il ne la soutint point du tout; et son discours parut d'autant plus mauvais, que le sujet promettait davantage : c'était l'influence des mœurs sur le langage, qui pouvait fournir un excellent discours, et même plus qu'un discours. Non-seulement Gresset ne saisit point son sujet, mais il manqua même aux convenances locales, qui ne permettaient pas de prendre dans une assemblée respectable le ton badin d'une scène de comédie , ni de descendre à des détails qui passeraient à peine dans une satire. On peut en juger par ce seul morceau :

« Quel étrange idiome est associé à nos mœurs par les délires du luxe, et par les variations des fantaisies dans les

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meubles, les habits, les coiffures, les ragoûts, les voitures! Quelle foule de termes essentiels depuis l'oifomane jusqu'à la chiffonnière, depuis le frac jusqu'au caraco, depuis les baijneuses jusqu'aux iphigénies, depuis le cabriolet juscpi'à la iésobligeante I etc. »

On peut imaginer les murmures qui éclatèrent dans un public tel que celui qui se rassemblait aux séances académiques, et dans un temps où les bienséances de tout genre étaient encore un objet d'attention.

Il était trop visible que l'orateur provincial se méprenait sur tout, et n'était plus au fait de rien. Qu'y a t-il de commun entre le génie d'une langue et ces dénominations arbitraires de quelques objets d'un usage journalier? Qui peut ignorer que ce sont les ouvriers de luxe qui donnent des noms aux inventions successives de leur art? Est-ce chez les selliers et les marchandes de modes qu'il faut chercher les variations de notre idiome? Et qu'importe qu'on appelle aujourd'hui caraco ce qu'on appelait hier /)ef-e?i-r«i?' ? L'un vaut bien l'autre. Les noms des modes en tout genre tiennent souvent à des événements du jour, et passent comme eux : c'est un artifice des marchands pour attirer et renouveler l'attention. Voltaire n'a pas dédaigné de rappeler dans son Siècle de Louis XIV l'origine de cette parure qu'on appelait steiyikerque , parce qu'à cette journée fameuse les princes de Conti et de Vendôme

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