LIVRE m. FABLE IV
Fable IV. — Les grenouilles qui demandent
Les grenouilles se lassant i^/txO
De l'état démocratique.
Par leurs clameurs tirent tant Que Jupin^ les soumit au pouvoir monarchique. Il leur tomba du ciel un roi tout pacifique : Ce roi fit toutefois un tel bruit en tombant
Que la g-ent^ marécageuse,
Gent fort sotte et fort peureuse,
S'alla* cacher sous les eaux,
Dans les joncs, dans les roseaux,
Dans les trous du marécage, Sans oser de longtemps regarder au visage Celui qu'elles croyaient être un géant nouveau.
Or c'était un soliveau % De qui^ la gravité fit peur à la première
Qui, de" le voir s'aventurant,
Osa bien quitter sa tanière.
Elle approcha, mais en tremblant; Une autre la suivit, une autre en fit autant.
Il en vint une fourmilière ; Et leur troupe à la fin se rendit familière
Jusqu'à sauter sur l'épaule du roi.
Le bon sire le souffre, et se tient toujours coi*. Jupin en a bientôt la cervelle rompue : « Donnez-nous, dit ce peuple, un roi qui se remue. » Le monarque des dieux leur envoie une grue,
Qui les croque, qui les tue,
Qui les gobe à son plaisir.
Et grenouilles de se plaindre, Et Jupin de leur dire: « Eh quoi? votre désir
A ses lois croit-ii nous astreindre?