LIVRE IV. FABLE VI
Qui, pour se rendre plus aimable Kl plus cher à son maitrc, alla le caresser.
« Comment ? disait-il en son âme,
Ce chien, parce qu'il est mignon,
Vivra de pair* à compagnon
Avec monsieur, avec madame,
Kt j'aurai des coups de bâton ?
Que l'ait-il ? il donne la patte.
Puis aussitôt il est baisé., S'il en faut Taire autant afin que l'on me flatte,
Cela n'est pas bien malaisé. »
Dans cette admirable pensée, \'oyant son maître en joie, il s'en vient lourdement,
Lève une corne toute usée % La lui porte ;vu menton fort amoureusement, Non sans accompag-ner, pour plus grand ornement, De son chant gracieux cette action hardie. « Oh ! oh ! quelle caresse ! et quelle mélodie ! Dit le maître aussitôt. Holà, Martin-bâton * ! » ALirtin-bàton accourt: l'âne change de ton.
Ainsi linit la comédie.
Fable VL — Le combat des rats et des belettes \
La nation des belettes, Non plus que celle des chats, Ne veut aucun bien aux rats ; Et sans les portes étrètes '•' De leurs habitations.
L'animal à longue échine' En ferait, je m'imagine, De grandes destructions.
Or, une certaine année Qu'il en était à foison,
{. De pair. Lex. 3. Martin-B.-iton. C'est le bâton
i. i's>'n rime mal avec pensée ; personnifié,
c'est, dit Chanifort, la seule négli- 4 Ésooe "91
^•ence qu'on puisse reprocher à • l > - •
cette fable. V. Versification. 5. Etvcles. Lex.
Leur roi, nommé Ratapon, Mit en campagne une armée.
Les belettes, de leur part, Déployèrent l'étendard.
Si l'on croit la renommée, La victoire balança :
Plus d'un g-uéret s'engraissa Du sang de plus d'une bande*.
Mais la perte la plus grande Tomba presque en tous endroits Sur le peuple souriquois.
Sa déroute fut entière, Quoi que pût faire Artapax, Psicarpax, Méridarpax *, Qui, tout couverts de poussière, Soutinrent assez longtemps Les efforts des combattants.
Leur résistance fut vaine ; Il fallut céder au sort : Chacun s'enfuit au plus fort, Tant soldat que capitaine.
Les princes périrent tous.
La racaille ', dans les trous Trouvant sa retraite prête, Se sauve sans grand travail ; Mais les seigneurs sur leur tête Ayant chacun un plumail, Des cornes ou des aigrettes.
Soit comme marques d'honneur, Soit afin que les belettes En conçussent plus de peur, Gela causa leur malheur.
Trou, ni fente, ni crevasse Ne fut large assez pour eux ; Au lieu que la populace Entrait dans les moindres creux.
1. îl faut remarquer dans tout empruntés à un poème grec : le
ce récit une plaisante transposi- combat des Rats et de$ Grenoull'
tion du ton et du style épique. les.
l. Artapax, Psicarpax, elc.^oms 3, Racaille. Lex,