‹ Œuvres choisiesChapitre 15 sur 507 · FUMAI. MC · texte numérisé non relu

FUMAI. MC

nos: \c)iis auriez de quoi vous tK'semiiiyt'r toute ^(1ll'e vie, pourvu (jue ce soit sans intention de rien retenir, moins encore de rien citer. Ce n'est pas une bonne qualité pour une tenune d'être savante, et c'en est une très mauvaii^e d'allVcter de parailre telle.

Nous j>artinies donc de Paris le "23 du courant, après que M. Jaimart eut reçu les condoléances de cpiantité de personnes de condition et de ses amis. M. le lieutenant criminel en usa généreusement, libéralement, royalement : il ouvrit sa bourse, et nous dit que nous n'avions qu'à puiser. Le reste du voisina^^e fit des merveilles. Quand il eût été question de transférer le quai des Orfèvres, la cour du Palais, et le Palais même*, à Limoges, la chose ne se serait pas autrement passée. Enfin, ce n'était chez nous que processions de g^ens abattus et tombés des nues. Avec tout cela, je ne pleurai point; ce qui me fait croire que j'acquerrai une grande réputation de constance dans cette affaire ^..

Nous irons prendre au Bourg-la-Heinc la commodité' du carrosse de Poitiers, qui y passe tous les dimanches. Là se doit trouver un valet de pied* du roi, qui a ordre de nous accompagner jusqu'à Limoges. Je vous écrirai ce qui nous arrivera en chemin, et ce qui me send)lera di,i;ne d'être observé. Cependant faites bien mes recommandations à notre marmot^, et dites-lui que peut-être j'amènerai de ce pays-là quelque beau petit chaperon'*' pour le faire jouer, et pour lui tenir compagnie.

l. L? Palais. Le Palais de Justice et ses défieiKlances.

-'. La Fontiine nous dit ensuite son passage à Clainart, où lui et sei amis se < ralraichissent », C'-st-J-dire se renosent deux ou tr.jj? jours. Cette inani'ire de voya.,'cr clait bien assortie à l'humfïur du poète.

.;. Li commoditt^. Littré traduitce mot, en ce sens, par « service de voilure'», occasion de niesfta^ei », et cite cette phrase d uae

lettre de Bossuet : » Je vous enverrai par la première commodité un ouvrage ».

4. Ce valet de pied, M. de Châteauneur, est un e.xcmpt, dont ils ne peuvent refuser la compagnie.

5. Notre marmot. Ce « marmot », est son fils Cliarles, alors âgé de 10 ans, dont une légende puérile veut que son i)ère ait presque ignoré l'existence.

f.. Chaperon. Servante avec la coillure du pays.

A Amboise. ce 31 août 1663.

Les occupations que nous eûmes à GlamarL, votre oncle et moi, furent dilTérentes. Il ne fît aucune chose dig-ne de mémoire : il s'amusa à des expéditions ^ à des procès, à d'autres affaires. Il n'en fut pas ainsi de moi ; je me promenai, je dormis, je passai le temps avec les dames qui nous vinrent voir.

Le dimanche étant arrivé, nous partîmes de grand matin. M'"*' G. et notre tante nous accompag^nèrent jusqu'au Bourg--la-Reine. Nous y attendîmes près de trois heures ; et, pour nous désennuyer, ou pour nous ennuyer encore davantage (je ne sais pas bi^en lequel je dois dire), nous ouïmes une messe paroissiale. La procession, l'eau bénite, le prône, rien n'y manquait. De bonne fortune " pour nous, le curé était ignorant, et ne prêcha point. Dieu voulut enfin que le carrosse * passât: le valet de pied y était; point de moines*; mais, en récompense % trois femmes, un marchand qui ne disait mot, et un notaire qui chantait toujours, et qui chantait très mal : il reportait en son pays quatre volumes de chansons. Parmi les trois femmes, il y avait une Poitevine qui se qualifiait comtesse ; elle paraissait assez jeune et de taille raisonnable, témoignait avoir de l'esprit, dég-uisait son nom, et venait de plaider en séparation de son mari... Telle était donc la compag-nie que nous avons eue jusqu'au Port-de-Pilles ^

Il fallut à la fin que l'oncle et la tante se séparassent ; les derniers adieux furent tendres, et l'eussent été beaucoup davantage, si le cocher nous eût donné le loisir de les achever. Comme il voulait regag-ner le

1. Expéditions. Sans doute des 4. Point de moines. On va enexpéditions d'actes, core entrevoir par un autre trait

2. De bonne fortune. Par bon- ^^^J^""^^' P°ète ^e le Coche et U heur. Lex., de. ' - f{écowpen.'<e. Lex.

3. Le carrosse. Le carrosse de 6. Port-dc-Pilles (ou de Piles). Poitiel-s, quipassaittouslesdiman- Village près du confluent de la cliesàBourg-Ia-Reine. Creuse et de la Vienne.

LA tONTAlNl-

temps qu'il avait perdu, il nous mena d'abord avec diliirence.On laisse, en sortant du I>ouri;-la-Heiiie, Sceaux à la droite, et à quelques lieues de là Chilly à la gauche. j)uis Montlcrv du même ccSté. Kst-ceJ/o/i^/erj/ qu'il fautdire,ou3/on//e//ert/:^C'estMonllehéry quand le vers est trop court, et Monlléry quand il est trop long- *. Montlérvdoncou Montleliéry, comme vous Voudrez, était jadis une forteresse que les Anglais, lorsqu'ils étaient maitres de la France, avaient fait bâtir sur une colline assez élevée. Au pied de cette colline est un bourg qui en a gardé le nom. Pour la forteresse, elle est démolie, non point par les ans : ce qui en reste, qui est une tour- fort haute, ne se dément point ', bien qu'on en ait ruiné un côté : il y a encore un escalier qui subsiste, et deux chambres où l'on voit des peintures anglaises, ce qui fait foi de l'antiquité et de l'origine du lieu, ^'oilà ce que j'en ai appris par votre oncle, qui dit avoir entré* dans les chambres: pour moi, je n'en ai rien vu; le cocher ne voulait arrêter qu'à Châtres^, petite ville qui appartient à M. de Gondé, l'un de nos grands maitres*.

Nous y dînâmes. Après le dîner, nous vîmes encore à droite et à gauche force châteaux: je n'en dirai mot, ce serait une œuvre infinie. Seulement nous passâmes auprès du Plessis-Pàté, " et traversâmes ensuite la vallée de Caucatrix, après avoir monté celle de Tréfou *; car, sans avoir étudié en philosophie, vous pouvez vous imaginer qu'il n'y a point de vallée sans montagne. Je ne songe point à cette vallée de Tréfou que je ne frémisse.

(^est un passage dangereux.

Un lieu pour les voleurs, d'embûche et de retraite;

i. L'apjiellation primitive r-st Mnnl-le-lii-ry, du nom du sr-igiifiur, H'irie, qui fondn If. j)reniier château sous Charles le Chauve.

2. Un- loiir. La tour est le reste d'un secvud château, bâti au xin* s., mais non par les Anglais.

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