LIVRE IV. FABLE XIII
Tant de selles et tant de bâts,
Tant de Jiarnais pour les combats,
Tant de chaises^, tant de carrosses ;
Comme aussi ne voyait-on pas
Tant de festins et tant de noces.
Or un cheval eut alors dilTérend
Avec un cert plein de vitesse ; Et ne pouvant l'attraper en courant, Il eut recours à l'homme, implora son adresse. L'homme lui mit un frein, lui sauta sur le dos,
Ne lui donna point de repos Que le cerf ne fût pris, et n'y laissât la vie ;
Et cela fait, le cheval remercie L'homme son bienfaiteur, disant: « Je suis à vous * ; Adieu : je m'en retourne en mon séjour sauvag^e. — Non pas cela, dit l'homme; il fait meilleur chez nous:
Je vois trop quel est votre usage \ Demeurez donc; vous serez bien traité,
Et jusqu'au ventre en la litière. »
Hélas I que sert la bonne chère*
Quand on n'a pas la liberté ?
Le cheval s'aperçut qu'il avait fait folie; Mais il n'était plus temps; déjà son écurie
Etait prêle et toute bâtie.
Il y mourut en traînant son lien :
Sage % s'il eût remis une lég-ère ofTense,
Quel que soit le plaisir que cause la vengeance, C'est l'acheter trop cher que l'acheter d'un bien Sans qui" les autres ne sont rien '.