‹ Œuvres choisiesChapitre 162 sur 507 · L'esclave de Phrygie. Ésope · texte numérisé non relu

L'esclave de Phrygie. Ésope

4. Peindre nos mœurs. Le mot est à retenir. Il y a clans La Fcntaine plusieurs hommes : un simple fabuliste, un peintre de la

nature, un peintre de l'iiomme of en particulier de l'homme de son temps.

3. ^/ojre. Phèdre se vante d'avoir fait une grand roule du simple sentier d'E.sope (III, Proloque) ; La Fontaine est plus modeste.

t9i LA FONTAINE

Pour moi, de tels pen<5ers ' me seraient malséants.

Mais venons à la fable, ou plutôt à l'iiisloire

De celui qui tâcha d'unir tous ses enCanls.

Un vieillai^d prêt * d'aller où la mort l'appelait :

<( Mes chers enfants, dit-il (à ses fils il parlait),

\'oyez si vous romprez ces dards ^ liés ensemble ;

Je vous expliquerai * le nœud qui les assemble. »

L'aîné les ayant pris, et fait tous ses efforts,

Les rendit, en disant: « Je le donne ^ aux plus forts. »

Un second lui succède, et se met en posture,

}tLiis en vain; Un cad^t tente aussi l'aventure.

Tous perdirent leur temps : le faisceau résista ;

De ces dards joints ensemble un seul ne s'éclata^

« Faibles gensi dit le père, il faut c^ue je vous montre.

Ce que ma force peut en semblable rencontre. »

On crut qu'il se moquait ; on sourit, mais à tort :

Il sépare les dards, et les rompt St'ms effort.

« Vous voyez, reprit-il, l'elfet de la concorde ;

Soyez joints, mes enfants; que Famoar vous accorde. »

Tant que dura son mal, il n'eut au tfe discours.

Enfin se sentant prêt de terminer ses jours :

« Mes chers enfants, dit-il,' je vais où sont nos pères ;

Adieu : promettez-moi de vivre comme frères;

Que j'obtienne de vous cette grâce en mourant. »

Chacun de ses trois fds l'en assure en pleurant.

Il prend à tous les mains ; il meurt ; et les trois frères

Trouvent un bien fort grand, mais fort mêlé d'affaires.

Un créancier saisit ', un voisin fait procès.

D'abord notre trio s'en tire avec succès.

Leur amitié fut courte autant quelle était rare.

Le sang- les avait joints ; l'intérêt les sépare :

L'ambition, l'envie, avec les consultants \

Dans la succession entrent en même temps.

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