LIVRF. VI. FABLES 1 ET II
C'est par cette raison qu'égayant leur esprit * Nombre de gens fameux en ce genre ont écrit. Tous ont fui l'ornenient et le trop d'étendue : On ne voit point cliez eux de parole perdue. Phèdre était si succinct qu'aucuns l'en ont blâmé ^ ; Esope en moins de mots s'est encore exprimé. Mais sur tous ^ certain Grec* renchérit, et se pique
D'une élégance laconique ; 11 renferme toujours son conte en quatre vers ; Bien ou mal, je le laisse à juger aux experts. Voyons-îe ^ avec Esope en un sujet semblable : L'un amène un chasseur, l'autre un pâtre, en- sa fable. J'ai suivi leur projet ^ (^uant à l'événement, Y cousant en chemin quelque trait seulement. \'oici comme', à peu près, Esope le raconte : Un pâtre, à ses brebis trouvant quelque méconte \ Voulut à toute force attraper le larron. Il s'en va près d'un antre, et tend à l'envirôn ' Des lacs '" à prendre loups, soupçonnant cette engeance ''.
« Avant que*- partir de ces lieux.
Si tu fais, disait-il, ô monarque des dieux, Que le drôle à ces lacs se prenne en ma présence, Et que je goûte ce plaisir, Parmi vingt veaux je veux choisir Le plus gras, et t'en faire oiïVande. » A ces mots, sort de l'antre un lion grand et fort. Le pâtre se tapit, et dit, à demi -mort : « Que l'homme ne sait guère, hélas ! ce qu'il demande : Pour trouver le larron qui détruit mon troupeau,
1. Egayant leur e'^prlt. Lui 6. Le projet est l'idée qu'on se
donnant carrière avec plaisir. propose /d'exprimer ; l'événement,
?. Blâmé, et Mon extrême briè- le fait auquel aboutit la situa-
veLc a rebuté quelques personnes » . tion
(Phèdre, 1. IH, f. 10, v. 00.) 7. Comme. Lex.