La dispute est long-ue, en défaut
2lî'2 I A FONTAINE
sait bon i,Ti'. Y a-l-il queliiuiin qui veuille passer pour un homme dur et inipénélrable à ses traits? Or, qu'on ne fasse les choses louables avec un très grand plaisir, je m'en rapporte à la satisfaction intérieure des gens de l3ien ; je m'en rapporte à vous-même, et vous demande si c'est une chose louable que de rire. Assurément ce n'en est pas une, non plus que de boire et de manger, ou de prendre quelque plaisir qui ne regarde que notre intérêt. Voilà donc déjà un plaisir qui se rencontre en la tragédie, et qui ne se rencontre pas en la comédie. Je vous en puis alléguer beaucoup d'autres. Le principal, à mon sens, c'est que nous nous mettons au-dessus des rois parla pitié que nous avons d'eux, et devenons dieux à leur égard, contemplant d'un lieu tranquille leurs embarras, leurs afflictions, leurs malheurs ; ni plus ni moins que les dieux considèrent de l'Olympe les misérables mortels. La trag-édie a encore cela au-dessus de la co* médie, que le style dont elle se sert est sublime; et les beautés du sublime, si nous en croyons Longin * et la vérité, sont bien plus grandes et ont tout un autre ^ effet que celles du médiocre. Elles enlèvent l'âme, et se font sentir à tout le monde avec la soudaineté des éclairs. Les traits comiques, tout beaux qu'ils sont, n'ont ni la douceur de ce chai^me ^ ni sa puissance. Il est de ceci comme d'une beauté excellente, et d'une autre qui a des grâces : cjlle-ci plaît, mais l'autre ravit. Voilà proprement la différence que l'on doit mettre entre la pitié et le rire. Je vous apporterais plus de raisons que vous n'en souhaiteriez, s'il n'était temps de terminer la dispute. Nou?? sommes venus pour écouter Polyjjhile ; c'est lui cependant qui nous écoute avec beaucoup de silence et d'attention, comme vous voyez.
— Je veux bien ne pas répliquer, dit Gélaste, et avoir cette complaisance pour lui ; mais ce sera à condition que vous ne prétendrez pas m'avoir convaincu ; sinon, continuons la dispute.
— Vous ne me ferez point en cela de tort, reprit
1. Longin passait pour l'antcur 2. Tout un autre. Un tout au-
du Traih; du Sublime, que tra- tre. duira Boileau 3. Charme. Lex.
Polyphile; mais vous en ferez peut-être à Acante, qui meurt d'envie de vous faire remarquer les merveilles de ce jardin *. »
Le second livre de Psyché. — [Dans son désespoir, Psyché s'est jeléo dans un fleuve. Mais deux naïades la secourent et la rlôposent sur' la terre ferme. C'est ici que La Fontaine ajoute au fonds d'Apulée un épisode touchant. Un vieillard so présente; de lui et de ses filles la malheureuse Psyché reçoit assistance et consolation. Lo morceau suivant peut donner une idée des entretiens qu'elles ont ensemble].