LIVRE VII. FABLES IV ET V
Il côtoyait une rivière.
L'onde 'élait transparente ainsi qu'aux plus beaux jours , Ma commère la carpe y faisait mille tours
Avec le brochet son compère.
Le héron en eût fait aisément son profit :
Tous approchaient du bord ; l'oiseau n'avait qu'à prendre.
Mais il crut mieux faire d'attendre
Qu'il eût un peu plus d'appétit :
Il vivait de régime \ et mang-eait à ses heures. Après quelques moments, l'appétit vint : l'oiseau,
S'approchant du bord, vit sur l'eau Des tanches qui sortaient du fond de ces demeures \ Le mets ne lui plut pas; il s'attendait à mieux,
Et montrait un g-oût dédaigneux
Comme le rat du bon Horace ^ « Moi, des tanches? dit-il; moi, héron, que je fasse Une si pauvre chère*? Et pour qui me prend-on? » La tanche rebutée, il trouva du goujon. «Du goujon i c'est bien là le diner^ d'un héron ! J ouvrirais pour si peu le bec ! aux dieux ne plaise! » n 1 ouvrit pour bien moins : tout alla de façon
Qu'il ne vit plus aucun poisson.
La iaim le prit; il fut tout heureux et tout aise De rencontrer un limaçon ^
Ne soyons pas si difficiles :
Les plus accommodants, ce sont les plus habiles • On hasarde de perdre en voulant trop g-agner. '
Gardez-vous de rien dédai^-ner, ^ Surtout quand vous avez à peu près^votre compte. Bien des g-ens y sont pris. Ce n'est pas aux héTons
rilité; nous trouvons, au contraire, le poétique mvstère des p^mv
quils évoquent admirablement la 3. V. pa"e 1?7 notl 6 ^
silhouette un peu ridicule du héron 4. C/iére l' x
et^nous préparent à son carac- 5. C'est bien: là le diner... ., ici
* ' n ■ -^ j . . il éclate de rire ». dit I n<y-nnx-.\
Que je parle ; ccoutcz, humains, un autre conte ; Vous verrez que chez vous j'ai j)uisé ces leçons.
Certaine fille, un peu trop fière,
Prétendait trouver un mari Jeune, bien fait et beau, d'ag^réable manière, Point froid et point jaloux : notez ces deux points-ci.
Cette fille voulait aussi
Qu'il eût du bien, de la naissance.
De l'esprit, enfin tout. Mais qui peut tout avoir? Le Destin se montra soii^neux de la pourvoir :
Il vint des partis d'importance.
La belle les trouva trop chétifs de moitié : « Quoi *, moi? quoi, ces gens-là? l'on radote, je pense, A moi les proposer! hélas ! ils font pitié :
Voyez un peu la belle espèce ! »
L'un n'avait en l'esprit nulle délicatesse; L'autre avait le nez fait de cette façon-là ;
C'était ceci, c'était cela.
C'était tout ; car les précieuses
Font dessus Hout les dédaig-neuses.
Après les bons partis, les médiocres g-ens
Vinrent se mettre sur les rangs.
Elle de se moquer. « Ah ! vraiment, je suis bonne De leur ouvrir la porte ! Ils pensent que je suis
Fort en peine de ma personne :
Grâce à Dieu, je passe les nuits
Sans chaçrin, quoique en solitude, i> La belle se sut gré de tous ces sentiments. L'âge la fit déchoir : adieu tous les amants. Un an se passe, et deux, avec inquiétude ; Le chagrin vient ensuite ; elle sent chaque jour Déloger quelques Ris, quelques Jeux, puis l'Amour;
Puis ses traits choquer et déplaire ; Puis cent sortes de fards ^ Ses soins ne purent faire Qu'elle échappât au temps, cet insigne larron.
Les ruines d'une maison
i.Quni,moi?qiioi,cc.<igen8-là'J... 2. Dessus. Lex.
C'fst ainsi que parlait le héron. :î. Puis cent sortes de fards.
Le lecteur pourra de lui-même L'ellipse est vive et iicuicuse :
l£a-e d'autres rajjprochements. ^'uis telle emploie) etc.