LIVRE MI. FABLE XII
Proprement toute notre vie Est le curé Ôhouart qui sur son mort comptait. Et la fable du Pot au lait.
Fable XII. — L'homme qui coispt après la Fortune, et l'homme qui l'attend dans son lit*.
Qui ne court après la Fortune ?
Je voudrais être en lieu d'où je pusse aisément
Contempler la foule importune
De ceux qui cherchent vainement Cette fille du Sort de royaume en royaume, Fidèles courtisans d'un volag-e fantôme ^
Quand ils sont près du bon moment, L'inconstante aussitôt à leurs désirs échappe : Pauvres g-ens ! Je les plains ; car on a pour les fous
Plus de pitié que de courroux.
« Cet homme, disent-ils. était planteur de choux,
Et le voilà devenu pape ^ :
Ne le valons-nous pas? — Vous valez cent fois mieux;
Mais que vous sert votre mérite?
La Fortune a-t-elle des yeux*?
Et puis la papauté vaut-elle ce qu'on quitte, Le repos, le repos, trésor si précieux Qu'on en fa sait jadis le partage des dieux *? Rarement la Fortune à ses hôtes le laisse.
Ne cherchez point cette déesse, Elle vous cherchera; son sexe en use ainsi. »
Certain couple d'amis, en un bourg- établi, Possédait quelque bien ; l'un soupirait sans cesse Pour la Fortune ; il dit à l'autre un jour : « Si nous quittions notre séjour?