LIVRE Via. FABLE I
Défendez-vous par la ,!:;rancleur, Alléijuez la beauté, la vertu, la jeunesse: La mort ravit tout sans pudeur; Un jour le monde entier accroiira sa richesse. Il n'est rien de moins ignoré, Et, puisqu'il faut que je le die *, Rien où ^ l'on soit moins préparé.
Un mourant, qui comptait jlus de cent ans de vie,
Se plaignait à la kîort que précipitamment
Elle le contraignait de partir tout à l'heure \ Sans qu'il eût fait son testament,
Sans l'avertir au moins. « Est-il juste qu'on meure
Au pied levé *? dit-il: attendez quelque peu.
Ma femme ne veut pas que je parte sans elle ;
Il me reste à pourvoir un arrière-neveu '^ ;
Souffrez qu'à mon logis j'ajoute encore une aile.
Que vous êtes pressante, ô déesse cruelle !
— Vieillard, lui dit la Mort, je ne t'ai point surpris;
Tu te plains sans raison de mon impatience :
Eh 1 n'as-tu pas cent ans ? Trouve-moi dans Paris
Deux mortels aussi vieux; trouve-m'en dix en France.
Je devais, ce ° dis-tu, te donner quelque avis Qui te disposât à la chose :
J'aurais trouvé ton testament tout fait,
Ton petit-fils pourvu, ton bâtiment parfait '.
Ne te donna-t-on pas des avis, quand la cause Du marcher * et du mouvement.
Quand les esprits ^ le sentiment.
Quand tout faillit en toi? Plus de goût, plus d'ouïe:
Toute chose pour toi semble être évanouie;
Pour toi l'astre du jour prend des soins superflus.
Tu regrettes des biens qui ne te touchent plus. Je t'ai fait voir tes camarades.
Ou morts, ou mourants, ou malades:
style; il achève d'en faire sa 4. Au pied Zet^e. Sans préparation.
chose, de se l'approprier, par la 5. Un arrière-neveu. \Jnpet\t'ûl9.
profondeur de l'émotion. 6. Ce dis-tu. Gramm ., pron. dé~
i. Die. Lex. ""Tpatflit Achevé i>. Rien ou V. Grammaire, pro- g' Marcher. %7it' Grammaire,
noms adverbiaux. infinitif.