LIVRE VIII. FABLE X
Une s'était ouverte ; et, bâillant au soleil,
Par un doux zéphyr réjouie.
Humait l'air, respirait, était épanouie.
Blanche, grasse, et d'un g^oiit, à la voir^ non pareil. D'aussi loin que le rat voit cette huître qui baille : « Qu'aperçois-je? dit-il, c'est quelque victuaille ; Et, si je ne me trompe à la codleur du mets. Je dois faire aujourd'hui bonne chère S ou jamais. » Là-dessus, maître rat, plein de belle espérance. Approche de l'écaillé, allonge un peu le cou, Se sent pris comme aux lacs ^; car l'huître tout d'un coup Se referme : et voilà ce que fait l'ignorance.
Cette fable contient plus d'un enseignement :
Nous y voyons premièrement Que ceux qui n'ont du monde aucune expérience Sont aux moindres objets frappés d'étonnement ; Et puis nous y pouvons apprendre Que tel est pris qui croyait prendre *.
Fable X. — L'ours et l'amateur des jardins *•
Certain ours montagnard, ours à demi léché % Confiné par le sort dans un bois solitaire. Nouveau Bellérophon % vivait seul et caché. Il fût devenu fou; la raison d'ordinaire N'habite pas longtemps chez les gens séquestrés. Il est bon de parler, et meilleur de se taire ; Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés. Nul animal n'avait affaire Dans les lieux que l'ours habitait; Si bien que, tout ours qu'il était, Il vint à s'ennuyer de cette triste vie. Pendant qu'il se livrait à la mélancolie,