‹ Œuvres choisiesChapitre 330 sur 507 · LIVRE VIII. — FABLE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — FABLE XXIII

Qu'après Dieu je te dois la vie — Et moi, reprit le rat, penses-tu que j'oublie

Ton nalurel? Aucun traite Peut-il forcer un chat à la reconnaissance?

S'assure-t-on sur l'alliance

Qu'a faite la nécessité? »

Fable XXIII. — Le torrent et la rivière

Avec g-rantl bruit et grand fracas

Un torrent tombait des montagnes :

Tout fuyait devant lui; l'horreur suivait ses pas;

Il faisait trembler les campagnes.

Nul voyageur n'osait passer

Une barrière si puissante.

Un seul vit des voleurs; et se sentant presser ', Il mit entre eux et lui cette onde menaçante. Ce n'était que menace et bruit sans profondeur ;

Notre homme entin n'eut que la peur.

Ce succès lui donnant courage, Et les mêmes voleurs le poursuivant toujours,

Il rencontra sur son passage

Une rivière dont le cours, Image d'un sommeil doux, paisible et tranquille % Lui fit croire d'abord * ce trajet fort facile : Point de bords escarpés, un sable pur et net.

Il entre ; et son cheval le met A couvert des voleurs, mais non de l'onde noire

Tous deux au Styx allèrent boire;

Tous deux, à ' nager malheureux,

1. Abstemiu?, 5. — Haudent, II, de passer par le torrent ou par Ja 60 rivière, et préférait la rivière : « la

2. Se sentant presser. Pressé fabie serait meilleure, c'est-à-dire par le danger. la véiité que l'auteur veut établir

S. Sommeil doux, paisible et mieux démontrée ». Chamfort ne

tranquille. Remarquez comme les se nieprend-il pas sur la vérité qu'il

pemtures, les sons et les rythmes s'agit d'établir

rendent bien le caractère de clia- ' n'-ih i i

cun des cours deau. — Chamfort " -^^^O''"- ^^ex.

dit que, si le voyageur avait le choix 5. A naçer.Lex., A.

Allèrent traverser, au séjour ténébreux, Bien il'aulres fleuves * que les nôtres.

Les g-ens sans bruit sont dangereux; Il n'en est pas ainsi des autres.

Fable XXIV. — L'éducation \

Laridon et César, frères dont l'origine

^'enaitde chiens fameux, beaux, bien faits, et hardis,

A deux maîtres divers échus au temps jadis,

Hantaient, l'un les forêts, et l'autre la cuisine.

Ils avaient eu d'abord chacun un autre nom :

Mais la diverse nourriture ' Fortifiant en l'un cette heureuse nature, En l'autre l'altérant, un certain marmiton

Nomma celui-ci Laridon *.

Son frère, ayant couru mainte haute aventure, Mis maint cerf aux abois, maint sanglier '" abattu. Fut le premier César que la gent •* chienne ait eu. On eut soin d'empêcher qu'une indigne maîtresse Ne fit en ses enfants dégénérer son sang-. Laridon négligé témoignait sa tendresse

A l'objet le premier passant.

Il peupla tout de son engeance ' :

Tourne-broches ^ par lui rendus communs en France Y font un corps à part, gens fuyant les hasards.

Peuple antipode ^ des Césars.

On ne suit pas toujours ses aïeux ni son père : Le peu de soin, le temps, tout fait qu'on dégénère; P\'iute de cultiver la nature et ses dons, Oh! combien de Césars deviendront Laridons! "*

1. Bien dautres fleuves. Plu- 4. Laridon. Dans Laridon, il y sieurs fleuves entouraient les en- a lard.

fers, l'Achéron, Je Stvx, etc. '6. Sanglier. Dissyllabe. V. Vers.

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