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LIVRF IX. FABLE VII

Le cœur suit aisément l'esprit:

De cette source est descendue L'erreur païenne, qui se vit Chez tant de peuples répandue.

Ils embrassaient violemment Les intérêts de leur chimère *.

Pygmalion devint amant De la Vénus dont il fut père.

Chacun tourne en réalités, Autant qu'il peut, ses propres songes:

L'homme est de glace aux vérités ; Il est de feu pour les mensonges ^

Fable VII. — La souris métamorphosée enfiliez

Une souris tomba du bec d'un chat-huant;

Je ne l'eusse pas ramassée; Mais un bramin ^ le fît, je le crois aisément;

Chaque pays a sa pensée.

La souris était fort froissée.

De cette sorte de prochain Nous nous soucions peu ; mais le peuple bramin

Le traite en frère; ils ont en tête

Que notre âme, au sortir d'un roi, Entre dans un ciron % ou dans telle autre bête Qu'il plaît au Sort : c'est là l'un des points de leur loi. Pythagore ® chez eux a puisé ce mystère.

1. Les intérêts de leur chimère. deux derniers vers sont dans tou-

Non seulement ils croyaient à la tes les mémoires,

réalité des êtres chiniériques-qu'ils 3. Livre des- Lumières, p. ^79.

avaient imaginés, mais ils s'y atta- — Bidpai, t. II, p. 3^5.

chaient avec une passion ardente. 4. Bramin. Ou brahmane, prê-

Tel Pygmalion qui, ayant sculpté tre de Brahma.

une Gidatée (non une Vénus), en 5. Ciron. V. p. 104, note 4.

devint violemment épris. Sur sa 0. Pythugore. Philosophe grec

prière, Vénus anima Galatée, que du vi« siècle, qui professa la doc-

16 statuaire épousa. trinc de la métempsycose (ou

transmigration des àmes'd'un corps

-. Si ce n'est point là une fable, dans un "autre), empruntée, dit-on,

ce."'" "%ie charmante poésie ; les • à l'Inde.

Sur un tel fondement, le braniin crut bien faire

De prier un sorcier qu'il loi;eàt la souris

Dans un corps qu'elle eût eu pour hôte au temps jadis.

Le sorcier en fit une lille * De Pàg"e de quinze ans, et telle et si g-entille, Que le lils de Priam pour elle aurait tenté Plus encor qu'il ne lit pour la «irccque beauté '. Le bramin fut surpris de chose si nouvelle.

11 dit à cet objet ^ si doux :

u ^'ous n'avez qu'à choisir ; car chacun est jaloux

De l'honneur d'être votre époux.

— En ce cas je donne, dit-elle, Ma voix au plus puissant de tous.

— Soleil, s'écria lors * le bramin à g-enoux,

C'est toi qui seras notre gendre.

— Non, dit-il, ce nuage épais

Est plus puissant que moi, puisqu'il cache mes traits; Je vous conseille de le prendre.

— Eh bien ! dit le bramin au nuage volant, Es-tu né pour ma fille?- — Hélas ! non; car le vent Me chasse à son plaisir de contrée en contrée ;

Je n'entreprendrai point sur les droits de Borée. »

Le bramin fâché s'écria ;

« 0 vent, donc, puisque vent y a %

Viens dans les bras de notre belle ! » Il accourait; un mont en chemin l'arrêta.

L'éteuf ® passant à celui-là.

Il le renvoie, et dit: J'aurais une querelle

Avec le rat ' ; et l'offenser Ce serait être fou, lui qui peut me percer. »

Au mot de rat, la damoiselle *

Ouvrit l'oreille : il fut l'époux.

Un rat! un rat; c'est de ces coups

1. En fit une fille. Nous avons et pour l'hiatus, v. Versification

déjà vu une chalto n.étamorpho- g. L'éteaf. La balle (métaphore

s.e en femme. L. II, M8. venue du jeu de paume).

:;. La grecque beauté. Hélène, „ ^ •' , , . ,

enievf'-e par Paris. ^- ^^^^ ^^ ^^^- Rappfîlons-nous

:u Objot. Lex. ' *1"^ '^ belle a été souiis, et que

\. Lors. Lex. j>our La Fontaine la souris est de

0. Vent y a.' Pour la supprcs- la famille du rat. lion de il,\'. Grammaire,prono/n ; . 8. Danioiselle. Lex.

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