‹ Œuvres choisiesChapitre 351 sur 507 · LIVRK IX. FABLE VII · texte numérisé non relu

LIVRK IX. FABLE VII

Qu'Amour fait ; témoin telle et telle *:

Mais ceci soit dit entre nous.

On tient toujours du lieu dont ^ on vient. Cette fable Prouve assez bien ce point; mais, à la voir de près, Quelque peu de sophisme entre parmi ses traits: Car quel époux n'est point au Soleil préférable, En s'y prenant ainsi? Dirai-je qu'un géant Est moins fort qu'une puce? Elle le mord pourtant. Le rat devait aussi renvoyer, pour bien faire,

La belle au chat, le chat au chien,

Le chien au loup. Par le moyen

De cet argument circulaire, Pilpay jusqu'au Soleil eût enfin remonté ; Le Soleil eût joui de la jeune beauté. Revenons, s'il se peut, à la métempsycose: Le sorcier du bramin fit sans doute une chose Qui, loin de la prouver, fait voir sa fausseté. Je prends droit là-dessus contre le bramin môme ;

Car il faut, selon son système.

Que l'homme, la souris, le ver, enfin chacun Aille puiser son âme en un trésor commun :

Toutes sont donc de même trempe ;

Mais ag-issant diversement

Selon l'org-ane ^ seulement

L'une s'élève, et l'autre rampe.

D'où vient donc que ce corps si bien organisé

Ne put oblig^er son hôtesse De s'unir au Soleil? Un rat eut sa tendresse.

Tout débattu, tout bien pesé.

Les âmes des souris et les âmes des belles

Sont très différentes entre elles ; Il en faut revenir toujours à son destin,

1. Témoin telle et telle. La fa- des organes, c'est-à-dire le corps ble est fort poétique ; mais La qui lui sert d'instrument. Le rai- Fontaine veut que lious y voyions sonnement est celui-ci : Si les une image vraie de là réalité : âmes sont semblables, en origine TAmour amène parfois des ma- et en nature, si toute la dilTérence riages bien mal assortis. est dans les corps qui les logent,

Si. Du lieu dont on vient. V. comment se fait-il que la demoi-

Grammaire, pr^on. relat. selle ait accepté un rat pour

^ Selon l'organe. L'ensemble époux ?

C'esl-à-dire ii la loi par laCieljétablie.

Parlez au clial)le, employez la magie, Vous ne détournerez nul être de sa Un *.

Fable VllI. ~ Le fou qui vend ta sagesse \

Jamais auprès des lous ne te mets à portée; Je ne te puis donner un plus sage conseil.

Il n'est enseignement pareil A celui-là de fuir une tête éventée K

On en voit souvent dans les cours :

Le prince y prend plaisir; car ils donnent toujours Quelque trait* aux fripons, aux sots, aux ridicules '\

Un fol allait criant par '^ tous les carrefours Qu'il vendait la sagesse, et les mortels crédules De courir à l'achat; chacun fut diligent.

On essuyait force grimaces ;

Puis on avait pour son argent, Avec un bon soufflet, un fd long de deux brasses. La plupart s'en fâchaient; mais que leur servait-il? C'étaient les plus moqués; le mieux était de rire,

Ou de s'en aller, sans rien dire.

Avec son soufflet et son fil.

De chercher du sens à la chose.

On se fût fait siffler ainsi qu'un ignorant.

La raison est-elle garant ^ De ce que fait un fou? Le hasard est la cause De tout ce qui se passe en un cerveau blessé. Du fd et du soufflet pourtant embarrassé. Un des dupes * un jour alla trouver un sage,

1. C!ia(jue être a, avec sa nature fonsà gages parfois très spirituels,

Eropie, sa fin délerniinôc. — Cette dc-cocliaicnt plus d'un trait malin,

ible est un J)on excnii)le de ce S. Aux ridicules. \\\x y,en% rldi-

nouvi au genro dapol' gue, fré- cules. V. Graniin., noms.

queiit dans le seci.nd rccuf^ii, où G. Par. Lex.

la réflexion philosophifpie s ajoute 7. Garitnl. Nous dirions ici ga-

au récit avec une grâce aisée et ranle.

une solidité pleine de finesse. ><. Un des dupes. Dupe est fémi-

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