‹ Œuvres choisiesChapitre 358 sur 507 · LIVRE IX. FABLE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE IX. FABLE XIII

Quand on eut des palais de ces filles du Ciel L^ulevé l'ambroisie en leurs chambres enclose^ ^

Ou, pour dire en français la chose,

Après que les ruches sans miel N'eurent plus (|ue la cire, on fit mainte bougie ;

Maint cicrg-e aussi fut façonné.

Un d'eux voyant la te.rre en brique au feu durcie Vaincre TefTort des ans, il eut la même envie ; Et, nouvel Empédocle * aux llammes condamné

Par sa propre et pure folie, II se lança dedans.

Ce fut mal raisonné ; Ce cierg-e ne savait grain- de philosophie. Tout en tout est divers : ôtez-vous de l'esprit Qu'aucun être ait été composé sur^ le vôtre. L'Empédocle de cire au brasier se fondit :

Il n'était pas plus fou que l'autre^

Fable XIII. — Jupiter et le passager ^

Oh ! combien le péril enrichirait les dieux,

Si nous nous souvenions des vœux qu'il nous fait faire !

Mais, le péril passé, l'on ne se souvient guère De ce qu'on a promis aux Cieux ;

On compte seulement ce qu'on doit à la terre.

« Jupiter, dit l'impie, est un bon créancier : Il ne se sert jamais d'huissier. »

Eh ! qu'est-ce donc que le tonnerre ?

Comment appelez-vous ces avertissements ?

Un passager, pendant l'orage.

Avait voué cent bœufs au vainqueur des Titans '. Il n'en avait pas un : vouer cent éléphants

l. Empédocle « était un philoso- 2. Grain Lex.

phe ancien, qui, ne pouvant coin- ^ c ^ .

prendre les merveilles du iiiont '"'"''■ ^^^'

Etna.se jeta dedans par une vanité 4. Pas plus fou que l'aulro.

ridicule, et, trouvant l'action belle, Ils l'étaient autant l'un et lau-

de peur d'en perdre le fruit et que tre. la postérité ne l'ig'norât, laissa ses . ^ ,„ ^ -„

pantoufles au pied du mont. » ""' Esope, 49 et o8.

(Note de La Fontaine.) 6. Titans. V. p 213, note 3.

N'aurait pas coûté davantage.

II brûla quelques os quand il fut au rivage : Au nez de Jupiter la iuniée en monta.

a SireJupin*. dit-il, prends mon vœu ; le voilà : C'est un parfum de bœuf que ta grandeur respire. Lu fumée est ta part; je ne te dois plus rien. »

Jupiter lit semblant de rire; Mais, après quelques jours, le dieu l'attrapa bien,

Envoyant un songe lui dire Qu'un tel trésor était en tel lieu. L'homme au vœu

Courut au trésor comme au feu.

Il trouva des voleurs ; et, n'ayant dans sa bourse

Qu'un écu pour toute ressource,

Il leur promit cent talents * d'or,

Bien comptés, et d'un teP trésor:

On l'avait enterré dedans* telle bourgade. L'endroit parut suspect aux voleurs, de façon Qu'à notre prometteur l'un dit : « Mon camarade, Tu te moques de nous ; meurs, et va chez Pluton

Porter tes cent talents en don. »

Fable XIV. — Le chat et le renard \

Le chat et le renard, comme beaux petits saints,

S'en allaient en pèlerinage.

C'étaient deux vrais tartufs \ deux archipatelins. Deux francs patte-pelus ',qui, des frais du voyage. Croquant mainte volaille, escroquant maint fromage,

S'indemnisaient à qui mieux mieux.

Le chemin étant long, et partant* ennuyeux,

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