LIVRE IX. — FABLE XV
Pour raccourcir ils disputèrent.
La dispute est d'un grand secours;
Sans elle on dormirait toujours.
Nos pèlerins s'ég-osillèrent.
Ayant bien disputé, l'on parla du prochain.
Le renard au chat dit enfin :
« Tu prétends être fort habile :
En sais-tu tant que moi? J'ai cent ruses au sac. — Non, dit l'autre: je n'ai qu'un tour dans monbissac;
Mais je soutiens qu'il en vaut mille. » Eux de recommencer la dis|>ute à l'envi. Sur le que si, que non *, tous deux étant ainsi,
Une meute apaisa la noise ^.
Le chat dit au renard : « Fouille en ton sac, ami;
Cherche en ta cervelle matoise ' Un stratagème sûr : pour moi, voici le mien. » A ces mots, sur un arbre il grimpa bel et bien.
L'autre fît cent tours inutiles.
Entra dans cent terriers, mit cent fois en défaut
Tous les confrères de Brifaut.
Partout il tenta des asiles ;
Et ce fut partout sans succès ; La fumée y pourvut, ainsi que les bassets*. Au sortir d'un terrier, deux chiens aux pieds agiles
L'étranglèrent du premier bond.
Le trop d'expédients peut gâter une affaire ; On perd du temps au choix, on tente, on veut tout faire. N'en ayons qu'un, mais qu'il soit bon.
Fable XV. — Le trésor et les deux hommes \
Un homme- n'ayant plus ni crédit ni ressource, Et logeant le diable en sa bourse, C'est-à-dire n'y logeant rien.
S'imagina qu'il ferait bien
1. Sur le que si, que non. Y. *. La fum^e y pourvut ainsi que p. 241, note 3. /es jbajf.se /s. On enfuma son ter-
2. .Yojse. Querelle. (,Cf. cher- rier : quand il voulut sortir, les cher noise). chiens bassets en eurent raison.