LIVRE X. — FABLE I .3S
C'est être sot; meurs donc : ta colère et tes dents Xe me nuiront jamais. » Le serpent, en sa lanirue, Reprit du mieux qu'il put : « S'il fallait condamner
Tous les ingrats qui sont au monde,
A qui pourrait-on pardonner?
Toi-même tu te fais ton procès : je me fonde Sur tes propres leçons; jette les j'cux sur toi. Mes jours sont en tes mains, tranche-les : ta justice, C'est ton utilité, ton plaisir, ton caprice;
Selon ces lois, condamne-moi ;
Mais trouve bon qu'avec franchise
En mourant au moins je te dise
Que le symbole des ingrats, Ce n'est point le serpent, c'est Ihomme. » Ces paroles Firent * arrêter l'autre; il recula d'un pas. Enfin il repartit : « Tes raisons sont frivoles; Je pourrais décider, car ce droit m'appartient; Mais rapportons- nous-en. — Soit fait », dit le reptile. Une vache était là : l'on ' l'appelle ; elle vient : Le cas est proposé. « C*était chose facile : Fallait-il pour cela, dit-elle, m'appeler? La couleuvre a raison. Pourquoi dissimuler? Je nourris celui-ci depuis longues années; Il n'a sans môs bienfaits passé nulles journées ; Tout n'est que pour lui seul ; mon lait et mes enfants Le font à la maison revenir les mains pleines; Même j'ai rétabli sa santé, que les ans
Avaient altérée ; et mes peines Ont pour but son plaisir ainsi que son besoin. Enfin me voilà vieille ; il me laisse en un coin Sans herbe. S'il voulait encor me laisser paitre ! Mais je suis attachée; et si j'eusse eu pour maître Un serpent, eût-il su * jamais pousser si loin L'ingratitude? Adieu. J'ai dit ce que je pense. » L'homme, tout étonné d'une telle sentence. Dit au serpent : « Faut-il croire ce qu'elle dit! C'est une radoteuse ; elle a perdu l'esprit.
1. Firent arrêter l'antre V. pelle. Là l'on l'a est cacophon'.qub Grammaire, pronom. V. Versification,