‹ Œuvres choisiesChapitre 370 sur 507 · LIVRE X. FABLE II 3S · texte numérisé non relu

LIVRE X. FABLE II 3S

Que tout est né pour eux, quadrupèdes et g^ens, Et serpents.

Si quelqu'un desserre les dents, C'est un sot. — J 'en conviens : mais que faut-il donc faire? Parler de loin, ou bien se taire ^

Fable II. — La tortue et les deux canards -.

Une tortue était, à la tête légère, Qui, lasse de son trou, voulut voir le pays. ^'olontiers on fait cas d'une terre étrangère ; Volontiers gens boiteux hai'ssent le logis.

Deux canards, à qui la commère

Communiqua ee beau dessein.

Lui dirent qu'ils avaient de quoi la satisfaire :

« Voyez-vous ce large chemin ?

Nous vous voiturerons, par l'air, en Amérique.

Vous verrez mainte république, Maint reyaume, maint peuple ; et vous profiterez Des différentes mœurs que vous remarquerez. Ulysse en fît autant. » On ne s'attendait g-uère

De ' voir Ulysse en cette affaire.

La tortue écouta la proposition.

Marché fait, les oiseaux forg^ent une machine

Pour transporter la pèlerine*.

Dans la g-ueule, en travers, on lui passe un bâton. « Serrez bien, dirent-ils, g-ardez ^ de lâcher prise. ^> Puis chaque canard prend ce bâton par un bout. La tortue enlevée, on s'étonne partout

De voir aller en cette g-uise *

L'animal lent et sa maison, J astement au milieu de l'un et l'autre oison. « Miracle ! criait-on : venez voir dans les nues

Passer la reine des tortues.

1. C'est encore ISi une fable par- Bidpaï, t. II, p. 112. — Ésope, 419 faite. La vérité et la force des dis- 3. On ne s'attendait guère tie<

cours, la beauté du style, la por- Lex., de. tée du sens moral, mettent cetapo- 4. Pèlerine. Lex.

logue à un rang supérieur. 5. Gardez. Lex.

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